CHAPITRE V
Le Christ. — La Vierge.
« Nous, sous la triple appellation de Père, de Fils et d'Esprit, nous croyons un seul et même Dieu. » Le Père, Agnostos, le Fils, Demiourgos, l'Esprit, Paracletos. Le Père est le Dieu absolu, invisible, inconnu, incommunicable, immobile dans son éternité. Le Fils est le Dieu visible, créateur du monde, révélé à l'humanité, agissant dans le temps. Les docteurs catholiques, comme tous les judéo-chrétiens, attribuaient la création au Père, à Jéhova. Les docteurs cathares, comme tous les chrétiens platonisants, l'attribuaient au Fils, au Logos. Ceux-ci se fondaient sur le quatrième évangile et sur un argument de la philosophie alexandrine. Le Fils créateur est le dogme caractéristique de toutes les sectes johannites. Ce dogme origéniste a été magnifiquement dramatisé par Milton, qui nous montre, dans son épopée divine, le Fils, envoyé par Jéhova, se rendant sur son char, entouré des légions des Esprits célestes, jusqu'aux confins du chaos%et,
par les six émissions de son verbe, tirant du sein de l'antique nuit, la terre, l'Océan, les astres d'or1. C'est la pensée platonicienne appliquée à la création mosaïque. Sur cet article du symbole, de grands débats durent s'élever entre les catholiques et les cathares au sein du synode de Pamiers.
Il en fat de même pour toutes les théophanies ou apparitions divines mentionnées dans la Bible. Ce n'est point Jéhova, c'est le Christ qui parlait à Adam sous les ombrages d'Éden. C'est le Christ qui se montrait à Noé, à Abraham, à Moïse, aux patriarches. Et dans les terribles exécutions du Déluge, de Sodome et de l'Egypte, c'était Lucibel, la théophanie sinistre et vengeresse de Jéhova. Voilà pourquoi les cathares disaient que Jéhova n'était pas l'Agnostos, immobile dans le ciel et dans l'amour, et que le Ravageur de l'Egypte, Y Exterminateur qui se tenait sur l'aire d'Arauna à Jérusalem, était Satan, et que la Bible était l'épopée de Lucibel.
Enfin, après quatre mille ans, paraît le Christ. Qui est le Sauveur? c'est le Logos, le Demiourgos. Le Régénérateur ne pouvait être que le Créateur. Pour réparer un monde il faut l'avoir fait, comme une horloge. Voilà pourquoi saint Jean dit que l'agneau s'est immolé dès l'origine du monde. Un Dieu ne peut nîourir, mais il donne sa substance, et ce don est une mort et une création. L'agneau s'est donc immolé deux fois : par son premier sacrifice, il a créé l'univers physique; par son second sacrifice,