Beausobre, IL
2. Saint Paul, I Cor. VIII, 8. — Rom. XIV, 17. — Coloss. II, 8, 16, 21. — Hebr. XIII, 9.
les docteu rs albigeois eurent beau jeu à leur demander le principe de leur ascétisme et à leur démontrer qu'ils n'étaient au fond que des manichéens exagérés et inconséquents: inconséquents puisqu'ils n'admettaient pas dogmatiquement la mauvaiseté ou l'inanité delà matière, et exagérés puisqu'ils en tiraient des conclusions excessives telles que la clôture monastique et cénobilique, rejetée parles cathares qui cependant se permettaient quelquefois l'anachorétisme sauvage des grottes et des forêts.
Les Romains, avec cette hauteur superbe dont ils ont seuls le secret, demandèrent à leurs adversaires s'ils recevaient l'Evangile. Guilhabert de Castres put leur répondre comme autrefois à Augustin l'éloquent Faustus : « Vous me demandez si je reçois l'Évangile? Est-ce une question à faire à un homme qui observe tous les commandements? Ce serait à moi à vous demander si vous recevez l'Évangile, puisqu'on n'aperçoit en vous aucune marque que vous le recevez effectivement. Pour moi, j'ai quitté père, mère, enfants; j'ai renoncé à tout ce que l'Évangile m'ordonne d'abandonner. Et vous me demandez si je reçois l'Évangile! — Je vois bien que vous ne savez pas seulement en quoi consiste l'Évangile qui n'est autre que la prédication et les commandements de Jésus-Christ. J'ai renoncé à l'or et à l'argent; j'ai cessé d'en porter dans ma bourse. Je mécontente de la nourriture de chaque jour. Je ne suis point en peine si j'aurai demain de quoi me nourrir et me vêtir. Et vous me demandez si je reçois l'Évangile! — Vous voyez en moi ces béatitudes que Jésus- Christ a prêchées et qui composent l'Évangile. Vous
me voyez pauvre, doux, pacifique, ayant le cœur pur. Vous me voyez dans les larmes, souffrir la faim, la soif, la persécution, et la haine du monde à cause de la Justice. Et vous doutez encore si je reçois l'Évangile 4. »
Voilà, certes, un éloquent tableau de la sainteté cathare. 11 y avait plusieurs degrés d'initiation. Ceux qui observaient rigoureusement les trois vœux étaient appelés par les Grecs Parfaits, et par les Latins Elus. Les Elus étaient les docteurs. Ils enseignaient la multitude; et tous ces novices vivantdanslemonde, et qui n'avaient le droit que de les écouter en silence, étaient, par cela même, appelés Auditeurs 2. C'étaient les Postulants de la primitive Église; non de l'Église apostolique qui, surtout celle de saint Paul, était essentiellement libre, populaire, et vivant en plein soleil; mais de l'Église du second âge, qui se dérobait au jour et à la foule, cherchait les catacombes, s'enveloppait du voile de l'oracle d'Eleusis, et de l'ombre des mystères de l'Egypte. C'est une preuve de l'antiquité et du génie oriental du manéisme d'Occident. Les séculiers vivaient de la vie laïque; ils se mariaient, possédaient, acquéraient, vendaient, labouraient, moissonnaient, buvaient du vin, mangeaient de la viande, chassaient leur proie, revêtaient l'armure de guerre, et enfourchaient leurs palefrois de bataille. Les Parfaits ne paraissaient dans les combats que pour prévenir l'effusion du