‹ Histoire des Albigeois (volume 3)Chapitre 32 sur 292 · Ker, rocher; Casser, chêne · texte numérisé non relu

Ker, rocher; Casser, chêne

chêne fatidique, comme les vieillards basques sous l'arbre de Guernicà. Les femmes héritaient selon la loi gothe et la coutume cantabre. Arsendis ou Arséna, héritière de la première dynastie de Carcassonne, porta cette comté dans la maison de Commenge, et vers le milieu du xie siècle, Ermengarda la transféra de nouveau dans celle des vicomtes d'Ambialet, distingués par le surnom belliqueux deTrencabel (qui tranche bellement). Cette troisième race de Garcassonne réunit à son antique métropole les riches et populeuses villes d'Albi, Castres, Agde et Béziers, et depuis les montagnes du -Rouergue, ses domaines s'étendaient jusqu'à la Méditerranée, et jusqu'aux cimes des Pyrénées. Les alliances des Trencabel n'étaient pas moindres que leurs possessions. Le vicomte Ramon-Trencabel était l'oncle d'Alphonse II, roi d'Aragon.

Cette parenté illustre lui fut fatale. Il oublia l'antique vasselage des fils d'Asnar, et sa récente fraternité d'armes avec le comte Alphonse en Orient. A l'instigation des rois d'Aragon et d'Angleterre, il s'unit à ces monarques étrangers contre Ramon V. C'était combattre contre l'Aquitaine dont Ramon V était le champion. Ses sujets ne le suivirent probablement qu'à regret dans cette guerre antinationale. Une haine de caste, une querelle de bourgeois à chevaliers mit l'étincelle au mécontentement patriotique., et le vicomte périt sous le poignard des citoyens de Béziers. Béziers était renommé par la jalouse indépendance et l'énergie farouche de ses habitants.

Ramon-Trencabel, vicomte de Béziers, se rendait

avec ses troupes féodales et consulaires au secours de son neveu, fils de sa sœur Ermengarde, vicomtesse du Roussillon 4. Pendant la marche un bourgeois se prit de querelle avec un chevalier, et brutalement s'empara du roussin chargé de ses bagages. Plainte est portée par les bârons ; le vicomte leur livre le bourgeois ; il subit une peine légère, mais flétrissante. Après la campagne, les citoyens de Béz'ers vinrent à leur tour réclamer justice du vicomte. Trencabel répondit qu'il consulterait les notables pour réprimer l'audace des chevaliers. Au jour fixé, il se rendit avec sa cour dans l'église de la Madelaine, où l'attendait l'évêque (15 oct. 1167). Les bourgeois, un moment après, entrèrent armés, sous leurs robes, de cuirasses et de poignards. L'offensé marchait à leur tête, d'un air sombre et triste; et, s'adressant fièrement au vicomte : Monseigneur , voici, dit-il, ce malheureux! il est ennuyé de vivre puisqu'il ne le peut sans honte ! Dites-nous maintenant si vous voulez venger mon injure ! — Je suis prêt, répondit le prince, à m'en tenir, comme je l'ai promis, au conseil des seigneurs et à l'arbitrage des citoyens. — C'est très bien, répliqua-t-il d'un ton de menace et de désespoir, mais toute réparation, je le vois, est impossible ; notre honte ne peut être lavée que dans votre sang. » A ces mots, les conjurés tirent leurs poignards; le vicomte, son plus jeune fils, les barons et l'évêque sont massacrés devant l'autel. Les consuls restèrent les maîtres de Béziers. Pendant deux ans ils ne voulurent entendre parler ni

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