Pey, Pech, Pouch, Poul, Pujol
pôle poétique, c'était Toulouse et la cour de Ramon V. C'est la terre classique de la gaie science. Les dialectes du Limousin et de l'Auvergne, sont agrestes comme leurs forêts, âpres comme leurs montagnes. Le Provençal lui-même est guttural comme son sol est rocailleux ; mais à Toulouse, la fécondité de la terre, la sérénité du ciel, la culture plus latine, avaient produit le langage le plus mélodieux. « 0 Toulouse, s'écrie un troubadour du Velay, que ton langage est ravissant1! » Les troubadours de la région du Nord venaient pour s'y perfectionner, pour en saisir l'accent et la mélodie. Là, parurent Bernard de Ventadour, Arnauld de Marveil, et l'illustre Bertran de Born. Ces chanteurs du Nord venaient y jouter avec les poètes du Midi : Marcabrus, Pierre Vidal, Jordan de Saint-Antonin, Ramon de Miraval, Guilhem de Cabestang, et le grand Guilhem de Tudella, l'Homère des comtes de Foix. Ils s'y rencontraient avec les poètes de Lombardie, de Catalogne et d'Aragon, et le roi Alphonse le Chaste, passait les Pyrénées pour y lutter d'harmonie et de galanterie chevaleresque avec Richard Cœur de Lion. La poésie romane, exotique dans le Nord, ne peut donc pas s'appeler limosine, pas plus qu'auvergnate; limosin dans ce cas dérive, non de Limoges, mais de Limous, d'où l'émigration cathare passa en Espagne. Mais, indigène dans le Sud, elle a droit de s'appeler Provençale, en tant que ce nom embrasse les deux rives du Rhône, comprend l'Aquitaine, et s'étend avec le sceptre de Toulouse, des Alpes à l'Océan.