‹ Histoire des Albigeois (volume 3)Chapitre 46 sur 292 · Pierre Cardinal · texte numérisé non relu

Pierre Cardinal

Toulouse est le vrai centre géographique de cet empire poétique dont l'horizon englobait l'Espagne et l'Italie et flottait jusqu'au monde slave, jusqu'au monde arabe. Toulouse était la métropole où s'élaborait le roman classique qui flottait au-dessus des langages villageois comme l'italien et le castillan planèrent plus tard au-dessus 'des dialectes rustiques des deux péninsules méridionales. Cette langue romane est la grande sœur adulte de tous les idiomes néo-latins naissants. Non seulement les troubadours fréquentaient les cours de Castille, d'Aragon, de Lombardie, de Naples et de Sicile; non seulement ils chantaient en langue romane partout classique et partout entendue, mais encore ils chantaient dans les dialectes indéfiniment variés des deux péninsules italique et ibérienne. Il nous reste encore quelques-uns de ces poèmes polyglottes, où Génois, Catalans, Aquitains, dialoguent chacun dans son idiome indigène1. Les troubadours étaient leurs maîtres de poésie ; ils sont les premiers poètes espagnols et italiens, les parrains du Dante et de Pétrarque. Quelquefois, comme dans Alighieri lui-même, le roman alterne avec le latin, mais rarement. Il n'y a que les moines qui versifient encore en latin, comme Ligor à Toulouse 2 : coassement de corbeaux, glapissement de hiboux qui, du fond de leurs ténèbres, grommellent contre toutes ces jeunes choses, la liberté, la poésie, le soleil, et contre ces blanches légions de cygnes qui les célèbrent en

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