Pétri venerabilis carmina
chœur, décrivant leurs cercles harmonieux autour des Pâmasses pyrénéens.
Ainsi l'Aquitaine, comme la Grèce, a commencé par la poésie; mais elle n'est pas arrivée jusqu'à l'âge de la prose. La France, au contraire, a débuté par la prose, comme Rome. La chronique y va naître avec Villehardouin et Join ville. L'histoire est la poésie de la France. La prose française a déj à l'allure chevaleresque - et la marche épique. Toutefois, le sénéchal de Champagne et le maréchal de Roumanie ne sont que deux exceptions éclatantes. La féodalité du Nord est uniquement guerrière, inculte, à demi barbare. Le baronnage du Sud aime l'art, cultive le gai savoir. La chevalerie romane, et c'est là son caractère distinctif, fait alliance avec la poésie et la liberté. Elle délibère dans les capitoles des cités, et chante dans les cours d'amour. Le plébéien s'ennoblit par sa harpe ; le baron s'illustre par le chant et les vers ; la poésie monte même jusqu'aux princes. De là, pêle-mêle dans les fêtes musicales, tant de chantres plébéiens, de barons ménestrels, de troubadours rois. La bibliothèque des troubadours s'ouvre par le puissant et licencieux Guilhem II, comte de Poitiers, bisaïeul de Richard Cœur de Lion, qui ferme ce siècle.
Jamais une pareille éclosion de poètes depuis l'époque lyrique de la Grèce ; l'époque de Sapho, d'Alcée, d'Anacréon, de Simonide, de Tyrtée, d'Archiloque, de Stésichore, cet âge prodigieux des chantres éoliens qui se termina et s'épanouit si magnifi-
quement dans le grand et religieux Pindare. L'art antique est plus éclatant, et possède dans sa lyre d'ivoire un instrument plus parfait; mais il le cède à l'art aquitain pour le charme naïf, la grâce ineffable, l'héroïsme chevaleresque, les délicatesses et les mélancolies du cœur, cette harpe vivante et sensible, qui rendent incomparables les chantres d'amour. Or, cette mélodieuse et héroïque seconde moitié du xiie siècle, c'est le règne de Ramon V. Ramon V est l'empereur et Toulouse la métropole de Y empire d'amour.
Les Capétiens avaient débuté par le bûcher des cathares d'Orléans. Les Aquitains qui redoutaient leur invasion, se retournèrent vers les Garlovingien s déchus. Gharlemagne, le fléau de l'Aquitaine, devint leur héros épique. Leur poésie ne célébra que le César gallo-romain. Charles, Roland, Turpin, les vaincus de Roncevaux, plus même que le vainqueur, devinrent populaires. Le grand empereur donne son nom à un cycle poétique. Il eut desHomères, comme Théroulde; il eut ses Jérémies aux longs regrets. Vers la fin du xive siècle encore, Améric du Peyrat, abbé de Moissac, écrivit les Lamentations de la mort du roi Charlemagne 1 .