Raynouard, sirventes historiques
Richard Cœur de Lion. 11 charge la Folie de porter à la Trahison son message de batailles1.
Ce chant fameux respire une fureur inouïe de guerre dont l'accent patriotique se dérobe sous le fracas des lances et la poussière des chevaux. Le chant explique la vignette où les chevaliers semblent communiquer leur rage aux palefrois qui, debout, et poitrail contre poitrail, ^ s'entre-dévorent de leurs mufles entrelacés, comme des lions. La ligue romane eût probablement triomphé, avec de tels champions, sans la défection du comte de Barcelone, roi d'Aragon. Ramon V dut s'éloigner du camp poitevin pour défendre Toulouse ménacée par les Espagnols. Alphonse, battu sur les Pyrénées, vint rejoindre dans l'ouest le roi d'Angleterre. Le hardi Bertran, dont nous venons de voir l'irrévérence envers le prince Richard Cœur de Lion, décocha, dans son indignation contre le roi traître à la cause romane, le sirvente le plus sanglant. Il le déclare issu, non d'un héros pyrénéen comme il s'en vantait, mais de quelque vavasseur, et même d'un serf rouergan, injure qui dénote probablement quelque mystère conjugal qu'un pape révélera plus tard en traitant de bâtards les rois d'Aragon. Il ne cessait de bafouer en toute occasion le transfuge Alphonse. « L' Aragon, dit-il, la Catalogne et Urgel sont honteux d'avoir pour chef ce lâche roi, qui se loue en chantant, et mieux aime