‹ Histoire des Albigeois (volume 3)Chapitre 50 sur 292 · Poésies, biographie, et vignette de B. de Born · texte numérisé non relu

Poésies, biographie, et vignette de B. de Born

les deniers que l'honneur, qui pendit son ancêtre, par quoi il se détruit et s'enfonce dans l'enfer. » Ce que redoutait Bertran arriva; le mobile et fougueux Richard abandonna les conjurés; et pour comble de malheur, son frère Henri, celui que Bertran appelait le marin, mourut au château de Martel en Limousin. Le fidèle Bertran composa à cette occasion un planh, une complainte, où son coeur navré pleure en réalité, sous le nom du jeune prince anglais, la jeune patrie agonisante; élégie nationale que la critique moderne a comparée aux nênies héroïques les plus belles des poètes grecs1.

Richard, comte de Poitiers, remplace son frère Henri. Bertran voulait continuer la guerre patriotique, mais les barons de l'ouest l'abandonnèrent pour se ranger autour de leur nouveau chef féodal. Ils ne voulaient qu'une Aquitaine distinctive sous un prince issu du sang d'Éléonore, tandis que Bertran rêvait une Aquitaine indépendante de l'Angleterre et de la France. Bertran fit sur cet abandon une nouvelle complainte héroïque. « Ils se sont parjurés envers moi, dit-il, les trois palatins, et les quatre vicomtes du Limousin, et les deux barons bien peignés du Périgord (les Talleyrand), et les trois comtes félons de l'Angoumois, et Centulle (d'Astarac) et Gaston (de Béarn) et le comte de Dijon, et Ramon d'Avignon, et le comte de Bretagne (GeofFroi, frère de Richard). Ils m'avaient fait serment, et pas un ne

i. Villemain, cours de litt.

Fa tenu. — Et pourtant ils m'avaient juré sur un missel dans l'antique monastère de Saint-Marsal ! . . . Maintenant je vais prier le comte Richard de me garder ma maison et mon château. Je le servirai et je l'honorerai... S'il m'est gracieux, je voudrai mieux pour lui qu'argent fin. Qu'il agisse comme la mer qui garde dans son sein ce qui lui paraît précieux, et rejette le reste sur le sable... 0 ma dame, belle Esmanda, qui n'avez pas votre pareille vau monde, donnez-moi seulement un baiser, puisque vous ne voulez pas m'accorder toute merci, et je serai encore, si Dieu m'assiste, un heureux mortel1. »

C'est avec cette grâce naïve, amoureuse et guerrière que Bertran de Born offrait sa paix au Cœur de Lion. Le proscrit reçut le baiser de Dona Esmanda (Dona Miséricorde), et, comme il l'a dit, se met à l'œuvre et recommence sa conjuration; il soulève une troisième fois l'Aquitaine. Richard se révolte de nouveau, et de nouveau trahit Bertran, et Bertran, resté seul, se voit, comme un léopard dans son antre, cerné dans son château de Hautefort. Les Galabres anglaises abattent ses murailles. Pendant le siège arrive au camp de Henri II, son plus cruel ennemi, le roi d'Aragon. Bertran dut se croire perdu, mais il ne désespère pas, et pour montrer qu'il est dans l'abondance, envoie au prince espagnol, un présent de bétail, en le priant d'intercéder auprès du monarque anglo-normand. Le troubadour avait mor-

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