‹ Histoire des Albigeois (volume 3)Chapitre 59 sur 292 · Biblioth. nat. Troubadours, P. Vidal · texte numérisé non relu

Biblioth. nat. Troubadours, P. Vidal

Nord ces ingénieuses solennités de la galanterie provençale.

Nostradamus nous fait connaître leur hiérarchie. Les cours de Signe et de Pierrefeu ressortissaient de celle de Romani, qui relevait à son tour de celle d'Avignon, cour souveraine de Provence. A Signe et à Pierrefeu siégeaient dix dames, à Romani douze et quarante à Avignon. La cour suprême du Puy-en- Velai réunissait les chevaliers du Dauphiné, du Vivarais, de l'Auvergne et des Cévennes. La cour des comtes de Toulouse se tenait à Muret. Celle des vicomtes de Garcassonne à Puivert. Muret est un lieu plat et Puivert un lieu sauvage; la galanterie enchantait ces solitudes1.

Les cours d'amour tenaient leurs assises périodiques à des époques déterminées; elles avaient lieu l'été en plein air, sous des tentes de feuillage, à l'ombre des bois, et dans des lieux propices aux évolutions chevaleresques. C'était au printemps, de Pâques à la Saint-Jean, au temps des amours des fleurs et du règne mélodieux du rossignol. Leur jurisprudence était formulée dans un code d'amour. On prêtait à ce code, une origine fabuleuse. Un chevalier breton l'avait trouvé suspendu à une chaîne d'or, sur la perche d'or où reposait le faucon du roi Arthur. Ce mythe était celtique. Le cheval de l'Amour était breton. Et c'est un chevalier breton qui trouve le code

1. André le Chapelain. — Le prieur de Vigeois. — Nostradamus.

d'amour1. Toutes les lois descendent du ciel. Le code d'amour en avait été apporté par cet oiseau. Il avait été recueilli par la race celte. Il se plaçait sous un patronage fatidique. Le faucon, oiseau mythique et chevaleresque, présidait aux fêtes. Le baron qui prenait l'épervier dans sa main se chargeait magnifiquement de la dépense des jeux. Les cours d'amour furent interrompues par la croisade des Albigeois et probablement proscrites par l'inquisition. Elles tombèrent en désuétude pendant plus de cent ans. Les dames provençales tâchèrent de les ressusciter à Avignon. Beltrarna, dame de Signe* promulgua de nouveau le code d'amour. Il fut approuvé par la cour supérieure de Romani et par la cour souveraine d'Avignon. L'aréopage féminin siégeait à côté du conclave pontifical. Laure de Sade était au nombre des dames, et Pétrarque les trouvait si belles qu'il les compare à un groupe d'étoiles 2.

Le code merveilleux apporté par l'oiseau divin contenait trente et un articles. La clef de cette jurisprudence érotique, c'est que l'amour d'une nature éthérée est au-dessus des sens, étranger au corps, et conséquemment différent et indépendant du mariage. Alors nous pénétrons le sens de ces maximes conjugales. « Le mariage n'est pas une excuse légitime contre l'amour. » Nous comprenons aussi les jugements rendus par les législatrices de Provence et d'Aquitaine. — Le véritable amour peut-il exis-

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