Sainte Palaye, Millot
La formule de l'hommage d'amour était, on le voit, calquée sur la formule de l'hommage féodal . A genoux devant sa dame, les mains dans ses mains, après le serment, il recevait l'anneau de son vasselag'e moral, et le baiser unique et sacré qui scellait leur amour. Amanieu recommande à son élève de se tenir en garde contre ceux qui voudraient la porter à violer son serment : « Us vous diront que de par Dieu, de par votre mérite et de votre noblesse, ils vous demandent un conseil. Depuis un an, vous diront-ils, je porte une 4 plaie mortelle, dont je n'ai fait confidence à qui que ce soit, ni homme, ni femme, ni parent, ni ami. Mais je ne saurais plus durer contre la violence du mal ; et comme il est naturel de chercher sa guérison, et que je ne puis la trouver qu'auprès de vous, il faut que je vous déclare que cette plaie vient d'un dard lancé par vos yeux dans mon cœur; qu'il en est tout embrasé et que le remède est en vos mains, si vous voulez m'agréer pour serviteur, autrement ma mort est certaine. »
Une dame courtoise devrait répondre ainsi : « Ami, je vous trouve de si bonne foi, si aimable, si sage, si retenu, si discret, qu'il n'y a point de damoiselle, voulant aimer un chevalier ou écuyer, qui ne tienne à honneur d'être aimée de vous et de vous aimer. N'était la parole que j'ai donnée à celui dont mon cœur ne se détachera jamais, non plus que le sien de moi, je vous tiendrais, sans balancer à mon service. Mais ni moi, ni aucune autre femme ne sera jamais digne d'estime qui aimera des deux
côtés, et toute personne qui aime en deux endroits, n'aime pas sincèrement. Puisque vous voulez aimer, cherchez tant çà et là, que vous obteniez les bonnes grâces d'une dame sans partage1. »
Amanieu propose à son élève, comme des modèles de grâces, de pudeur, de vertu, de perfection chevaleresque, les infantes de l'Ile Jourdain, d'Armagnac, de Gommenges et de Béarn. Ce sont les petites filles d'Esclarmonde et les législatrices des cours d'amour restaurées en Gasgogne.
C'est pour la restauration de l'empire d'amour par Beltrama de Signe, après la croisade et les premières fureurs de l'Inquisition, que Amanieu et Armengaud, écrivaient leurs Bréviaires d'après les anciens troubadours. Armengaud s* intitule maîtreez-lois, serf d 'amour et de tout fidèle amoureux. Il commença, dit-il, le premier jour de primevère et à l'aurore, son bréviari d'amor. C'était vers la fin du xme siècle. Amanieu et Armengaud reproduisent les maestrias d'amor de D'Aniel, de Rambaud d'Orange et des anciens scolarques d'amour.
Le culte chevaleresque de la femme, le dévouement du guerrier à la grâce et à la beauté, était appelé par les troubadours le domnei (de domina dame).. Le service et l'adoration des dames, s'exprimait par le verbe domnejar, et le servant et l'adorateur recevait le nom appellatif de domnejaïre. Le domnei produisait dans le servant, le joy