Sainte Palaye, etc
d'amour, cette ivresse continue, ce doux délire perpétuel qui se produisait par le chant, la galanterie et les promesses chavaleresques. Mais il y avait une gradation dans cette science du Domnei. « Il y a, dit un poète, quatre degrés en amour. Le premier est celui de feignairé, timide; le second celui de prégaïré, suppliant ; le troisième celui à' entendéire , écouté; et le quatrième celui de drutz, amoureux. Ce dernier semble dérivé de druide, comme s'il y avait dans cet amour quelque chose de sacré, de sacerdotal et de prophétique1. »
C'était pour le chevalier un moment très solennel. Le cérémonial était calqué sur celui du vassal et du suzerain. A genoux devant sa dame, il lui jurait fidélité jusqu'à la mort. La dame de son côté après l'hommage, et en signe de l'engagement de son cœur, lui présentait un anneau d'or et puis le relevait en lui donnant un baiser, toujours le premier et souvent le seul qu'il devait recevoir d'elle. Dès lors, elle était sa dame, il était son chevalier. Cet hommage était souvent consacré par un prêtre, devant l'autel et sous l'invocation de la Sainte Vierge.
C'était l'union des âmes, l'hymen des coeurs. De là son incompatibilité avec le mariage, amalgame des sens semblable à la promiscuité des bêtes. Le mariage était la mort de l'amour. Nous avons vu le jugement de la comtesse de Champagne ; il était