‹ Histoire des Albigeois (volume 3)Chapitre 82 sur 292 · Troub. Ara. de Mafveil · texte numérisé non relu

Troub. Ara. de Mafveil

au tourment de contempler le triomphe de son rival. Il se retira à la cour de GuilhemVIII, comte de Montpellier, prince magnifique, ami des poètes, troubadour lui-même, et qui s'était fait graver sur son scel, la harpe à la main. Là, le troubadour gémissant repaît encore son amour de souvenirs et de vagues espérances. « On a pu, dit-il, m'éloigner de sa présence; mais rien ne pourra rompre le nœud qui lui attache mon coeur. Ce cœur si tendre et si constant, Dieu seul le partage avec elle, et la part que Dieu en possède, il la tiendrait comme mouvante de son domaine, si Dieu pouvait être vassal, et relever de fief. Lieux fortunés qu'elle habite, quand me sera-t-il permis de vous revoir? N'apercevrai-je personne qui arrive de ce côté-là? Un - pâtre qui viendrait de son château serait pour moi un baron ! Que ne puis-je.être confiné dans un désert et l'y rencontrer. Ce 'désert me tiendrait lieu de Paradis. » Cet insolent triomphe du roi, inspira peut-être au troubadour cette âpre invective contre les princes. « Etablis uniquement pour tenir le monde en paix, pour donner l'exemple delà clémence, delà justice, de la générosité, leur corruption est telle aujourd'hui que tous ceux qui en dépendent sont condamnés à l'oppression et à la servitude! »On sent palpiter dans ses paroles un accent amer de vassal et d'amant opprimé. Arnauld était digne de l'affection d'Aladaïs. 11 ne célébra jamais que la dame de Carcassonne; ce nom remplit uniquement sa harpe et son cœur. 11 s'éteignit dans cet amour, et cette pureté de sentiment l'élève au-dessus de Bernard son modèle, trop oublieux peut-être de la vicomtesse de Ventadour.

Un critique l'appelle le Pétrarque de la Dordogne. Ce tendre et gracieux troubadour est peint dans sa vignette : tête nue, un bandeau sur le front retenan t sa chevelure et vêtu d'nne vaste et flottante tunique d'azur1.

La vie de Rambaud de Vaquières, inspire un intérêt moins pur, mais plus dramatique et non moins attachant. Il était fils d'un pauvre chevalier, nommé Peyrol, seigneur du château de Vaquières en Provence, de la cour de Rambaud, comte d'Orange. Le jeune et valeureux Rambaud, se rendit à la cour de Boniface, marquis de Montferrat, en Piémont. Il s'énamoura de la sœur du marquis, dona Béatrix qui charma le troubadour par ses grâces chevaleresques. Il aperçut un jour la princesse qui seule dans sa tour avait revêtu l'armure de son frère et jouait délicatement avec cette forte épée qui devait dépecer l'empire d'Orient. Dès lors, il la célébra sous le nom voilé de Bel Chevalier. Mais, dit le vieux chroniqueur, dont nous allons en l'abrégeant suivre le naïf récit; il mourait de désir et de crainte, car il n'osaiïlui par 1er d'amour. Enfin, il lui dit un jour : « J'aime une dame d'un haut mérite, mais je n'ose lui déclarer mon amour. 0 dame, donnez-moi conseil, je vous en supplie : dois-je lui ouvrir mon coeur, ou bien mourir en gardant le silence2 ? »

« Dona Béatrix comprit que Rambaud mourait de • langueur pour elle; elle fut touchée de pitié et d'a-

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