Troub. Guilh. de Cabestan
l'innocence du troubadour fut confirmé par Agnès. Non contente de sa fidélité, elle exigea de plus que le troubadour fît une chanson qui prouvât qu'il n'aimait qu'elle seule au monde. Guilhem fit alors la chanson qui commence ainsi : Le doux tourment ! Ramon entendit la chanson, il appela le troubadour hors du château, il le poignarda, lui coupa la tête, lui arracha le cœur, et le serra dans sa gibecière. Rentré au château, il se mit à table. Après le repas : « Savez-vous ce que vous venez de manger? dit-il à Sermonda. — Non, répondit-elle, mais c'était un manger excellent. — Je le crois bien, répliqua Ranion, puisque c'est ce que vous avez le plus aimé, il est juste que que vous aimiez mort ce que vous avez tant aimé vivant ». Et il montra la tête de Guilhem. « Oui, barbare, s'écria-t-elle; j'ai trouvé ce mets si savoureux que jamais autre viande n'ôtera de ma bouche le goût du cœur de Guilhem ! » Ramon furieux courut, tirant sa dague, après Sermonda qui s'élança du haut d'un balcon, se brisa sur les rochers, au pied du donjon où gisait le cadavre mutilé du troubadour. Ainsi périt la tendre Sermonda qui, probablement, native de Tarascon surl'Ariège, fut la contemporaine et l'émule de la célèbre Esclarmonde de Foix.
Ce tragique événement fut bientôt connu dans la Catalogne et dans toutes les terres de l'Aragon. Le roi Alphonse le Chaste et les barons de ces contrées ressentirent une grande douleur de la mort funeste