Nicétas. Xikita, Niquinta
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coulent dans le même lit, mais sans mêler leurs eaux, comme le Pénée et le Titarèse, ces fleuves homériques.
Nous avons raconté les origines des léonistes des Alpes et des Pyrénées1. Nous avons montré Pierre de Brueys, Henri de Lausanne, Arnaldo de Brescia expirant sur leurs bûchers; Abailard et la noble Héloïse agonisant lentement sur les brasiers de leurs cœurs. Dix ans après le supplice d'Arnaldo, le pétrobruséisme a pour chef Pierre Valdo, marchand de Lyon, venu des Alpes. Il donne ses biens aux pauvres et mène la vie apostolique. Il a deux disciples, Etienne de Auza et Bernard d'Ydros. Ils traduisent la Bible. Valdo prêche vingt ans à Lyon et dans les vallées du Rhône et de la Saône. C'est une sorte de Francklin, l'apôtre des bourgeois, l'orateur des canuts. Proscrit par Estienne de Bellesmains, archevêque de Lyon, condamné au concile de Vérone par le pape Lucius III (1184), il se réfugie en France, passe en Allemagne et, longeant le Danube, il va se perdre parmi les Slaves de Bohême, où il aura pour descendants lointains Huss et Ziska2. Valdo est le troisième patriarche du léonisme aquitain. A sa mort, son Eglise, obscure mais vivace, se trouve répandue dans tout l'Occident, et partout mêlée au catharisme, qui l'éclipsé et l'entraîne dans son tourbillon retentissant. Du Paraclet de France,
1 Hist. de Vigilance et des réformateurs du xnc siècle.
2. Précurseurs de Huss en Bohème, Conrad de Waldhaussen, Militch '1" Kremsier, etc. Rev. de Théol. de Montauban, juillet
HISTOIRE DES ALBIGEOIS iii
où nous avons fait halte auprès d'un tombeau douloureux, nous allons passer, pour ne plus le quitter, au Paraclet d'Aquitaine et d'Orient.
Le manéisrae1 ou l'Eglise du Paraclet existait depuis mille ans dans les Gaules. Marc de Memphis l'introduisit en Espagne et Priscillien d'Avila le transmit en Aquitaine (380). Il se perpétua chez les Basques, lutta contre le catholicisme impérial de Gharlemagne et l'écarta pendant cinq cents ans du pied des Pyrénées. Les Capétiens le combattirent ; des bûchers s'allumèrent à Toulouse et à Orléans (1008) ; c'est le dragon qui épouvanta Gommenges. Maintenant, Eon de l'Etoile prêche dans les forêts de Bretagne, et Pons dans les bois et les rochers du Périgord. Le catharisme descend, avec la Garonne et la Dordogne, jusqu'aux plages de l'Océan 2.
Il se multiplia dans le lacis des marais qui brodent de leurs arabesques de sel les côtes de l'Atlantique. Gomme le calvinisme futur, il trouvait un refuge inexpugnable dans ce labyrinthe de canaux, de sables stériles, de récifs déserts. Il y régnait si puissamment, et d'allures si menaçantes, qu'on le compare à une comète. Hugues, archevêque de Rouen, et Albéric, légat pontifical, arrêtés sur le pont de Nantes, virent un de ces astres chevelus se précipiter
1. De Marri, mens, esprit. Le manichéisme est le manéisme modifié par Manès.
2. Un village, à l'embouchure de la Seudre, porte encore le nom des Bonshommes.
vers le couchant. « C'est l'hérésie qui tombe, » direet les deux sombres prélats en regardant le météore s'éteindre dans la mer. L'année suivante, en effet, fut signalée par le supplice d'Eon de l'Etoile. Son bûcher attrista la forêt enchantée que, selon les poètes bretons, habitait Merlin, l'antique et fabuleuse Brocéliande1.
Toulouse est toujours le foyer central d'où le catharisme se répandit non seulement dans toute la Gaule, mais encore en Espagne, en Italie, en Allemagne et jusque dans les Iles Britanniques. En Irlande, où il fut porté par les Grecs, il s'organisait, selon l'usage des Celtes, en clans cénobitiques, hostiles à l'épiscopat romain. Il a laissé son empreinte sur Colomba de Luxeuil, sur Colomba d'Iona et sur ce brillant esprit, Jean Erigène. Un concile fut convoqué pour le combattre en 1160 à Oxford, sur la tombe même de ce hardi scolarque, dont la cendre jetait un fluide lumineux.
On avait découvert des hérétiques en Angleterre. Ils s'appelaient publicains, c'est-à-dire pauliciens. Ils étaient Allemands, mais leurs pères venaient de Gascogne. C'était donc un rameau du catharisme pyrénéen. Ils étaient une trentaine des deux sexes. Leur chef se nommait Gérard. Arrêtés, jetés en prison, puis traduits devant le concile, ils comparurent avec fermeté. Gérard répondit pour ses compagnons :