LIVRE DEUXIÈME %)J
Le comte de Gommenges, beau-frère deCentuUe, venait d'accompagner Ramon VII à Paris, et avait prêté rhommage dans la tour du Louvre. Il ne restait donc plus d'insoumis qu'un seul des grands vassaux, le comte de Foix. Roger-Bernard était Tunique et la dernière colonne enoore debout de la nationalité romane. Nous avons vu qu'au départ de Ramon VIT, il avait posé à ce prince les conditions sur lesquelles il devait négocier à Paris la cause gémérale du Midi. Mais circonvenu par Romain de Saint- Ange, par Blanche de Castille et Thibaud de Champagne, le comte de Toulouse abandonna ce grand et patriotique intérêt avec une telle débilité que le légat put se vanter insclemment que le prince s'en était uniquement remis à la miséricorde du pape et du roi. L'infortune Ramon VII, aux suggestions de la reine et du légat, et pour justifier sa propre chute par celle de son magnanime vassal, lui avait écrit de sa prison du Louvre la lettre suivante où respire tant de résignation et de tristesse :
€ Ramon, par la grâce de Dieu, comte de Toulouse, à noble homme Roger-Bernard, comte de Foix : Jouissons des biens temporels de sorte que nous ne perdions pas les biens éternels. Vous saurez qu'étant venu en France pour conférer avec notre vénérable et cher père Romain, cardinaldiacre de Saint-Ânge, légat du siège apostolique, et notre cher seigneur l'illustre roi de France, nous nous sonunes écartés, par le conseil du comte de Champagne et de nos autres ainis, de la forme du traité de paix que nous vous avions montré, et que
SIO LES ALBIGEOIS ET L'LVQUISITION
nous nous sommes soumis absolument aux volontés du roi et du cardinal. Et certes, nous avons obtenu, par la grâce de Dieu,, une, paix bien meilleure que nous ne Taurions eue autrement. Pour ce qui vous concerne, nous en avons parlé diligemment avec eux, et nous y avons fortement travaillé, comme le sait bien notre cher comte de Gommenges, votre beau-frère, mais nous n'avons pu réussir complètement. Cependant à nos prières, le seigneur cardinal envoie principalement à votre intention» et avec un plein pouvoir, notre vénérable et cher père et maître Pierre de Golmieu dont nous avons éprouvé,, dans notre affaire, par des preuves nombreuses et signalées, l'industrie, la sollicitude, la diligence, la bénignité et la miséricorde. C'est pourquoi nous conseillons à votre prudence, nous vous avertissons et vous supplions instamment de faire tous vos efforts pour le voir, et d'obtempérer à ses conseils et à ses ordres. Soyez certain que si, comme nous l'avons entendu, vous y consentez sans difficulté, votre affaire arrivera, avec le secours de Dieu et le nôtre, à une très-bonne fin. Donné à Paris, la fête de saint Marc TÉvangéliste ^ . » (25 août 1229.)
Bernard VI, comte de Commenges, époux de Sézélia ou Cécile de Foix, remit probablement luimême, à son retour de Paris, cette lettre à Roger- Bernard,etjoignit ses instances à celles du comte de Toulouse. Roger-Bernard fut désolé à la fois et indigné de la pusillanimité déplorable de Ramon VIT,