UVRE DEUXIEME
à leur appel depuis les cimes couvertes de forêts des Montagnes-Noires, jusqu'aux sommets neigeux des Pyrénées. Là se rendirent aussi les conquérants établis par Montfort, rétablis par Louis VIII, et définitivement affermis dans leur conquête par le traité de Paris. Mathieu de Marly trouva dans leur nombre deux de ses neveux, les fils de Lambert de Croissy, plus heureux que leur père mort en Orient, et que le chef de la croisade qui, de tant de territoires odieusement usurpés, n'avait pas même conservé son sépulcre de Carcassonne.
Le lieutenant royal et le, vice-légat pontifical, accompagnés de Pierre-Amiel, archevêque de Narbonne, de Clarin, évêque de Carcassonne, et des conquérants de l'Albigeois, se rendirent ensuite à Toulouse, veuve de son prince, et découronnée de ses magnanimes citoyens. Us prirent possession, an nom du roi de France, de Gastel-Narbonnais, le palais féodal de la maison de Saint-Gélis. Us en expulsèrent dona Eleonora d'Aragon, veuve de Ramon VI, et sa sœur dona Sancha, épouse de Ramon VII, princesse maladive, à ce qu il semble, négligée de son mari, et comme veuve d'un vivant. Us enlevèrent à la comtesse sa fille unique , Na Joana, âgée de huit ans, qu'ils remirent au sénéchal de Carcassonne, pour être envoyée en France, et mariée à Alphonse, comte de Poitiers, frère du roi. Après cela, ils reçurent les serments des consuls, des chevaliers et du peuple. Les barons du Toulousain, du Quercy, du Commenges et de la Gascogne vinrent prêter le double hommage-lige. Nous distinguons, parmi ces derniers, le vicomte Centulle
d'Astarac, considérable par sa race antique, sa renommée guerrière et ses alHances domestiques . CentuUe se donnait une origine mérovingienne démentie par son nom cantabre d'Astarac. Par son mariage avec l'une des filles de Bernard V, comte de Commenges, et de Marie de Montpellier, il était devenu beau-frère du jeune roi d'Aragon, et conséquemment cousin du vicomte de Carcassonne. C'est lui qui avait si héroïquement défendu Marmande contre Louis, fils de Philippe- Auguste S mais sa fidélité n'égalait pas sa valeur: il s'était hâté de faire sa paix même avant la conclusion du traité de Paris. Le roi promit, pour sa défection, un fief de mille livres de revenu à conquérir sur l'Agenais; l'aventurier s'engageait à dépouiller son seigneur, le comte de Toulouse, et se mettait avec neuf chevaliers au service de la France, Après la spoliation il reçut en effet le château de Sompuy, en Gascogne, et ceux de Saint-Orens et de Fimarcou, en Agenais. Mais le roi ayant rétrocédé l'Agenais au comte Ramon, une rente annuelle de cent marcs d argent lui fut assignée en compensation sur la sénéchaussée de Carcassonne, et Centulle eut deux chevaliers de plus au service de son très-cher seigneur Louis, illustre roi des Français. Le monarque capétien jetait au transfuge un lambeau des dépouilles de son parent infortuné, de l'orphelin des Trencabel *.