LIVRE DEUXIÈME
noaveaa passer par les verges de Rome et de la France. Cette chapelle romane, grave et sombre, s'élève encore, bien qu'à demi croulante, paisible dans la verdure des arbres, entre les bruits de la route et le tumulte des flots de TAriége. L'agreste oratoire, où ne priaient d'habitude que des pâtres, vit arriver de Pamiers, dans leur pompe guerrière et sacerdotale, Mathieu de Marly, lieutenant du roi de France, Pierre de Golmieu, vice-légat du pape, Pierre- Amiel, archevêque de Narbonne, les évèques de Toulouse, de Garcassonne et de Cousenos, les abbés de Foix, de Bûlbonne, de Combalongue et de La Grasse, les conquérants de l'Albigeois, le maréchal Gui de Lévis, Lambert de Croissy (ou de Turey), Pierre de Voisins et d'autres chevaliers et prélats du Nord et du Midi.
COlrtBEHCE DE ftAIXT-llAH-DCS-TBBGIS. — OIÎBATS ENTRE LE COMTE DE roiX ET LES OOiUlISSAIRES DU ROI ET DU PAPE. — LE COMTE, ENFIN, ■GRE U PAU. '
Le comte Roger-Bernard était parti de Foix (16 juillet 1229), suivi de ses deux frères, Améric, qui était resté quinze ans en otage entre les mains des Montfort, et Loup, le héros adolescent de la délivrance romane ; avec eux venait encore Othon* Amauld de Castelverdun , un des plus illustres barons du Sabartez. Le comte avait environ cin-
su LES ALBIGEOIS ET L'WQUISITIOM
quante ans. Fils de Ramon - Roger , le Roland pyrénéen, et de Philippa de Montcade, parfaite cathare, élevé par les évoques johannites, il fut le héros le plus pur et le plus fidèle du Paraclet. Pendant la première génération de guerriers, et tant que son illustre père vécut, il reste comme dans la pénombre de sa gloire. Mais quand les revers arrivent, sa figure se dessine, il prend la tête, et s'élance k Tavant-garde de la lutte patriotique. Après la funeste bataille de Muret, il avait recueilli les exilés dans sa vicomte de Castelbon en Catalogne, repassé les Pyrénées à la tête des faidits, ramené dans Toulouse le comte Ramon VI, repoussé le fils du roi de France, expulsé les Montfort et la croisade, et terminé une guerre de quinze ans en rétablissant dans le palais de Carcassobne son pupille Torphelin des Trencabel. Sur cinquante champs de bataille il avait, vainqueur ou vaincu, conquis le nom de Grand i. Il était pourtant moins éclatant que son père parce qu'il avait eu des scènes de guerre et des théâtres d'éloquence moins solennels. Mais sa magnanimité resplendissante de candeur morale répondait mieux à l'idjéal chevaleresque. Il était, par son platonisme religieux et guerrier, le modèle épuré du héros cathare , le paladin du Paraclet. Gomme tous les princes de la maison de Foix, il avait le verbe haut, et portait sa tête à l'espagnole. Mais le catharisme avait incUné son front et adouci sa voix ; et cette suavité de langage, dont parle un troubadour, était