‹ Histoire des Albigeois (volume 4)Chapitre 112 sur 506 · LIVRE DEUXIÈME WI · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME WI

ses dmes natales et vint épouser Tinfant Roger- Beroard de Foix. C'est là que la comtesse, après ane existence agitée de toutes les tribulations de la patrie romane, revenait rendre à son Dieu son àme pieuse et héroïque.

Ermessinde était fille unique d'Arnauld, vicomte de Castelbon. Gastelbon était un rameau de Paillars, Paillars une branche de Couserans, Couserans un rejeton de Commenges, Commenges le tronc commun de Foix et *de Carcassonne ; et cette forêt de races pyrénéennes avait pour souche antique le Caatabre Asnar, chef du Nébouzan au x* siècle. Les maisons de Foix et de Gastelbon étaient consanguines comme leurs territoires étaient contigus. Aussi le grand comte Ramon-Roger s'empressa-t-il de demander pour son fils Roger-Bernard, infant de Foix, la main d'Ermessinde, héritière de Gastelbon. Par ce mariage, conclu en 1202, le vicomte Âmaold fut irrévocablement rattaché à la fortune des comtes de Foix. Il partagea leurs victoires et leurs défaites et, après la débâcle de Muret, recueillit sur ses terres les seigneurs méridionaux refoulés derrière les Pyrénées. G'est de Gastelbon que partit le relèvement, la délivrance, le triomphe du Midi. Une femme est toujours au fond de toutes les grandes et saintes conjurations. Esclarmonde fat l'âme de l'arche sacerdotale de Montségur. Ennessinde fut le cœur du camp chevaleresque de Gastelbon. Rome venait de déshériter les Albigeois au concile de Latran. Les princes résolurent de reconquérir leur pays, d'abjurer le catholicisme spoUateur, et d'embrasser la religion du Paraclet,

228 LES ALBIGEOIS ET L'INQUISlTIOxN

le consolateur des exilés. Guillabert de Castres, le patriarche cathare , vint de Montségur, et reçut l'abjuration d'Ermessinde, du vicomte Arnauld, et de la plupart des barons faidits. Les troubadours entonnent Thymne du retour dans la patrie et traversent les Pyrénées *. Le comte de Toulouse, à la tête des proscrits, repasse le port de Salao. Roger- Bernard conduit Tavant-garde libératrice. A ses côtés marche la douce, la tendre, l'héroïque Ermessinde. La colombe du Paraclet vole devant eux et de la cime du Valier se pose en soupirant de clocher en clocher, jusqu'à ce qu'elle s'arrête enfin sur le faîte de Saint-Cernin et du Capitole de Toulouse. Après sept ans de combats acharnés, ils reviennent suspendre leurs armes victorieuses dans les tours de Foix. Le vicomte Amauld mourut dans les joies du triomphe du Midi. Ermessinde devait être témoin et victime du martyre de son pays. L'invasion du roi Louis VIII, le traité de Paris, son expulsion de Foix, la blessèrent mortellement au cœur. Elle expirait de l'agonie de son peuple. .Arrivée à Tarascon, elle se prépara chrétiennement à la mort. « Détenue, dit-elle tristement, d'une grave maladie, mais, grâces à Dieu, saine d'esprit, de mémoire et de parole, je fais mon testament. » Elle nomme, pour exécuteurs de ses dernières volontés, trois chevaliers albigeois, Bernard de Aragal, Dalmace de Sant-Marti et Ramon de Caraman. Elle donne son âme à Dieu, son corps (avec sa garde-robe) à l'hôpital de Jérusalem de Gostoga (Gostouge)> au

^ 1. Gui de Gavalhon : c Senher coms, saber volria, etc.

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