‹ Histoire des Albigeois (volume 4)Chapitre 126 sur 506 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

de Montfort. Ce sénéchal s'appelait Pellegraiu ou Pelerin-Latinier , un aventurier du Nord, un homme, à ce qu'il semble, sans nom, muis qui s'en fabriqua un, de sa profession de clerc et de son enrôlement dans la * croisade , où sans doute il devint fameux par sa bravoure, ses pillages et son habitude de parler latin. Romieu docte et batailleur, il fut élevé par Louis VIII, après la prise d'Avignon,, au rang de cheftaine ou capitaine de Beaucaire, et par Blanche de Gastille, après le traité de Paris, à la dignité de sénéchal ou gouverneur da territoire compris entre les sources de la Loire, les Bouches-du-Rhône et les étangs de Maguelonne. Adam de Milly, sénéchal de Garcassonne et do Carcassez, vit son sénéchalat s'accroître des vicomtes de Rasez, de Béziers, d'Albigeois, et son gouvernement s'étendre du cours de rAveyron aux dmes des Corbières et des Pyrénées. Carcassonne, inexpugnable à cette époque sur son plateau escarpé dont la forme oblongue semblait le moule du bouclier ovale des Trencabel, Garcassonne revêtue de fortifications féodales, hérissée de tours wisigothes, sarrasines et romanes, devint la place d'armes de la conquête capétienne, et la citadelle delà France sur cette frontière encore disputée de l'Espagne^.

Le roi Louis VIII avait jeté sur ses flancs, comme des camps fortifiés, les fiefe des barons français, les colonies féodales des croisés restés dans le Midi. Les compagnons de Simon de Moiitfort,

i. Preuv. de VHUt du Lang»

expulsés de leurs conquêtes par les seigneurs légitimes, rétablis^ par le monarque, chassés de nouveau par les princes romans, furent irrévocablement restaurés par le traité de Paris. Mais les descendants directs du chef de la croisade ne conservèrent point de part dans la spoliation suprême. Amauri, fils de^ Simon, avait cédé ses droits au roi. Blanche exigea qu'il renouvelât son abdication , une dernière et solennelle fois . au parlement de Paris, devant Notre-Dame, en présence du légat de Rome, des évêques et des barons de France. Après cette abdication irrévocable, Amauri ne conserva, des vastes conquêtes de son père, que la fumée de la lampe qui brûlait nuit et jour sur son sépulcre vide, image de sa gloire funèbre. A la mort de Mathieu de Montmorency son oncle, il obtint en compensation la dignité de connétable de France (1230), car les défaites et les renoncements de ce vaincu avaient étendu la monarchie jusqu'aux Pyrénées. Mais la soupçonneuse Blanche, jalouse d'éloigner du Midi ses divers compétiteurs, Ramon VU aussi bien qu' Amauri, suggéra doucement au connétable le désir de combattre les infidèles. Amauri passa en Egypte, fut vaincu, comme toujours, dans une bataille, fait prisonnier par les Turcs, et conduit au Caire qu'on appelait alors Babylone. Le calife fatimite relâcha sur rançon le malheureux connétable ; il se rembarqua pour l'Europe ; mais, dernière nialignité de la fortune, il mourut en découvrant le port d'Otrante et les rives hospitalières de laCalabre (1241). Son corps fut transféré à Rome

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