LIVRE DEDXIËMB
et inhumé dans l'église de Saint-Jean-de-Latran, sépulture digne d'un chef des croisades. Son cœur seul revint en France, et fut porté au monastère des Hautes -Bruyères, nécropole des Montfort. Amauri lui-même y avait, seize ans auparavant, conduit le cercueil de Simon, son père, sur la tombe duquel il avait fait sculpter sa statue de pierre. On dr^sa sa propre figure contre un pilier en face, on en creusa Tépaule, par derrière, et dans l'entaïUe, on glissa furtivement , et comme se dérobant au regard paternel, le cœur d'Âmauri, du faible connétable de France, du vaincu de Qarcassonne et dn Caire. Ainsi finit ce sanglant aventurier , et dans le cloître en ruine des Hautes-Bruyères, les bétes sauvages ont dévoré les restes des chefs féroces de la croisade qui dévorèrent le Midi.
OWAiOSATIO!! MIUTAIIE RE LA CONQCÉTC. — CHEFS FRAHÇAI8 DE CASTRES, WniMS, SAISSAC, LiaOUS, CHAUBIB, MIIEPOIS. — TILLES DâUTTBlÉU. — HOEAILLCS DE TOULOUSE,
Mais Gui de Montfort, frère de Simon, mort naguère devant Varilles, Gui de Montfort, le vaillant et tenace aventurier, tué par Roger-Bernard sur ce sol héroïque où Préconius était tombé 80U8 répée d'Adcantua, laissait deux fils. L'un, né en France, portait le nom du monarque alors
régnant, de Tillustre aïeul de saint Louis; Tautre, né dans le Midi, avait eu pour parrain son fameux oncle ou plutôt son sanglant fantôme. Philippe, fils d'Elvige d'ibelin, que Gui avait épousée en Orient, reçut en apanage le grand fief de Castres ou de TAlbigeois au sud de Tarn pour lequel il prit l'engagement de servir le roi* avec dix chevaliers. Luimême venait d'en prêter l'hommage, la main dans les mains du jeune monarque, dans le fameux par^ letnent du parvis de Notre-Dame de Paris. Une vieille tour, entière mais toute lézardée, subsiste encore de son. château construit, comme son nom rindique, sur un ancien camp romain, et confisqué sur Bernard, héritier de l'antique maison romane des Guillabert de Castres. Il chassa de sa ville tous les habitants suspects d'Albigisme, c'est-à-dire d'hostilité à la France et à l'Église romaine. C'étaient en général des ouvriers tisseurs de laine ; ils passèrent l'Agoût et allèrent fonder au delà de ce fleuve, dont leurs teintures souillent encore les eaux, un i^ubourg qui reçut le nom de Villa-Godo ouVille desGoths, car c'est ainsi que les Francs désignaient très-justement les Cathares, en haine des Wisigoths, leurs ancêtres. Philippe construisit en amont de TAgoût, qui descend du chaos du Sidobre, comme un fort détaché vers l'orient, le château de Roquecourbe, ainsi nommé de son rocher dont la masse cambrée simule la figure d'un lion, majestueusement accroupi sous sa crinière flottante de lierre. C'était comme un colosse naturel du lion de Montfort, ou plutôt du lion de France, chargé de tours; symbole de la royauté féodale, tenant