Du Mège, additio!i
révêché de Cahors, aimait une gentille dame, la vicomtesse de Penne d'Albigeois *. Elle était gente, belle, pleine de mérite, fort estimée, et très honorée. Il était instruit, courtois, généreux, valeureux chevalier, avenant et excellent troubadour. Leur amour fut sans mesure. Il arriva qu'un jour le vicomte revêtit son armure, combattit dans une grande bataille, et fut blessé quasi mortellement. Le bruit de sa mort, répandu par ses ennemis, arriva même jusqu'à Penne. La vicomtesse en eut tant de douleur que renonçant au monde elle entra dans Vordre des Hérétiques. Le chevalier, guéri de sa blessure, revint bientôt après à Saint-Antonin. Il apprit comme, pour l'amour de lui, sa dame était morte au monde. Pendant un an, il en perdit joie et allégresse. Il ne connut plus que pleurs, angoisses, gémissements. Il renonça aux chants, aux armes, aux palefrois. Tout le pays fut attristé de son désespoir. Mais sa douleur inconsolable ne put ramener son amante de son désert. La vicomtesse ne revint pas à l'amour mortel, ayant goûté la suavité de l'amour céleste *.
Telle est la première partie de cette idylle chevaleresque qui flotte comme une touffe de chèvrefeuille et de romarin suç les sombres falaises de l'Aveyron. Rendons-lui son cadre historique. Aladaïs de Penne est comme un reflet adouci mais plus idéal de sa parente et de sa marraine, la grande
1. Miguel de la Tour, biographie des Troubadours. 3. Troubadours : Ramon Jordan, vicomte de Saint-Antonin.
Aladaïs de Garcassonne. C'était le temps où les poétiques manoirs de l'Albigeois étaient fréquentés par don Pedro II, roi d'Aragon, et ses deux cousins, Ramob-Roger, vicomte de Garcassonne, et Roger- Bernard, infant de Fois, génération moins féodale, épurée par le catharlsme et marquée au front d'un signe funèbre. Mais à ces princes, Aladaïs préféra Ramon, fils de Jordan, vicomte de Saint-Antonin, an type de grâce poétique et chevaleresque. Leur poème sentimental comprend les neuf premières aimées du siècle. L'idylle alors plonge dans l'ouragan de la croisade.
L'évêque du Puy ravage Saint- Antonin. Ramon- Jordan, Pelfort de Rabastens, Rattier de Caussade, les chevaliers du Quercy et de l'Albigeois s'enferment dans le manoir de Penne autour d' Aladaïs, douce reine des cours d'amour, devenue une héroïne de guerre. Sa Roche imprenable est le boulevard de rAveyron : elle résiste quatre ans à tous les efforts des croisés ; ses défenseurs parteni pour combattre Montfort dans les plaines de Toulouse. La bataille de Muret a lieu, bataille funeste, 0(1 le vicomte Ramon Jordan, assure-t-on, est mort à côté du roi d'Aragon. Aladaïs, à ce coup, sent fléchir son cœur et^chanceler son inexpugnable donjon. Elle abandonne ses tours, et veuve cette fois de cœur, va pleurer dans un désert ^ Mais dans le Midi ravagé un seul désert est à l'abri de la guerre : c'est Montségur. Elle emporte ses enfants, et suivie d'Escarona de Rabastens et d'Obisca de Caussade,