Compayré
d'Hautpoul. Plus près de nous, les ruines de l'oratoire de Saint-Sauveur dominaient la gorge ombragée de chênes, où, dans son canal de granit brun, roulait, comme un ruisseau de savon, la cascade de Ninouvre. Au-dessous, comme Técaille vide d'un animal disparu, s'ouvrait la grotte ascétique de la pauvre Saurimonde, et de l'autre côté du torrent, les cavernes de ses compagnes, les diaconesses du Paraclet. Au-dessus, en remontant vers sa source, le bourg de Roquerland (la terre des rochers), d'origine gothe avant d'être cathare. Plus haut encore, et sur le point culminant de la montagne, à droite, s'étendait la vaste forêt des Ramondens, à gauche, le hameau des Martyrs^ épars sur les terres de Dieu. Tout nous désignait donc le campement des faidits de Nore, mais tout était silence et mystère. Seulement, la terre était rouge d'asphodèles ; le vent agitait leur moisson funèbre ; on eût dit la floraison sanglante d'un champ de bataille et de massacre* De cette hauteur suprême, nous découvrîmes Garcassonne, comme une ombre, noyée dans un brouillard de soleil, et par delà les masses ébréchées de ses murailles et de ses tours, la crénelure gigantesque des cimes catalanes, les neiges du Canigou, du Bugarach et du Thabor d'où se détachait le spectre à peine perceptible dea ruines de Montségur.
1. L'ami qui m'accompagnait n'est plus. Sa cendre repose à Mazamet, son lieu natal. Sa famille était Albigeoise. Elle a produit au xiu^ siècle un diacre cathare, et au xvu» un ministre distingué de Castres. Jean Verdieo mon doux et ûdéle compagnon devait avoir ce souvenir dans un coin de ce martyrologe.
LIVRB TAOISIÈME 317
US FAIDITS DO THABOR. — LES FIL8 DE BÉLISSEN : BOGEB ET ARNAOD BC MJBEPOIB, I&4BN DB FANIAUS, LES BATAILHA DE MIRBPOIS, DE TBN- TEXAC, DB CASTELTEBDDK.
Le refage du Thabor eut pour noyau primitif la maison romane de Mirepois, dépossédée par Gui de Lévis, maréchal de la croisade, qui, non content de lui ravir ses domaines, lui déroba encore» en les défigurant, jusqu'à ses origines poétiques et fabuleuses. Elle prétendait avoir pour patriarche une matrone gothe du noni de Mélissende, ou peutêtre même une déesse ibère, BéUssema^, la mne in deux^ dont le chef croisé fit sa cousine la reine de» anges. De là, ses nombreux rejetons furent appelés, selon l'usage des clans antiques, les fils de BiHssen ou de la Lune. Les Pierre-Roger de Mirepois étaient le tronc séculaire d'où se détachèrent successivement les rameaux masculins des Arnauld- Roger, des Batailha et des Isarn de Fanjaus. L'antique souche avait encore poussé des branches
1. Près de Mirepoix existe encore la forêt de la Béléna. On a trouvé près de Fousseret un autel de Belissema. (Du Hège.) Ce nom de Belissema, celui d'Astartéa, que le dimanche porte encore chez les Basques, ceux du Lion, du Dragon, de la Vache aux cornes rayonnantes, semblent Indiquer, chez les Ibères, une origine phénicienne. Les Amêw seraient-ils frères des Ihri, enfants d'Abraham?
féminines dans les maisons de Foix, de Durban, de Lordat, de Rabat, de Castelverdun, de Castilhon et d'Arvigna, et le fief de Mirepois, indivis sous douze chefs, participait du domaine féodal et du clan ibère*. Les Pierre-Roger, aînés de la race, portaient seuls le nom de Mirapéis, et seuls possédaient le gracieux manoir, au pied duquel s'allongeait le bourg, peuplé de leur tribu chevaleresque, et pressé entre la colline et l'Ers. De leur donjon, ils découvraient leur fief immense, qui, depuis les monastères de Bolbone et de Saint* Antonin de Pamiers, remontait, sur les deux rives, vers la source du Gave qui l'arrose, et comprenaient les châteaux de Dun, de Limbersac, de Léran, de Cueille, de Camou, confinant aux grands fiefs amis ou alliés de Fanjaus, de Bélestar, de Lavelanet et de Chalabre. Mirepois, qui géographiquement appartenait, au moins pour la zone septentrionale, à la vicomte de Garcassonne, venait d'être rattaché tout entier au comté de Foix par l'entreprenant et glorieux comte Ramon-Roger. Pierre- Roger de Bélissen, son émule en amour, en poésie et en batailles, l'avait accompagé en Orient dans la croisade de Richard Cœur-de-Lion «. Il recueillit dans ses murs le patriarche Gaucelm, fugitif de Toulouse, et réunit dans son château le synode, qui décida la construction de Montségur. Mirepois devint une métropole albigeoise. Pierre-Roger, dépossédé par Simon de Mentfort , fut rétabli.