‹ Histoire des Albigeois (volume 4)Chapitre 193 sur 506 · LIVRE QUATHIfellE · texte numérisé non relu

LIVRE QUATHIfellE

Le comte de Foix, sentant le roi de France au cœur de ses États, multipliait ses alliances et cherchait ses appuis sur les hautes cimes, ces forteresses cantabres. Il avait encore une sœur consanguine, probablement de la môme mère que Loup de Foix, et sans doute du même âge et du même nom que sa fille Esclarmonde, car ces deux jeunes infantes étaient les filleules de leur illustre tante, Varchidiaconnesse des Albigeois. Le comte résolut de l'accorder à Bernard, chef de la maison d'Âlion. Cette maison possédait dans la Cerdagne les seigaenries de So, Quérigut, Stavar, Ëbol, et, dans le comté de Fpix : Prades , Mont-Âlion et Âlion, son berceau. Par là, cette famille pyrénéenne régnait sar ce plateau neigeux et glacé qu'on appelait le pays éeSaulton des forêts (de Saltu). Don Pedro II, roi d'Aragon, le héros infortuné de Muret, ne pouvant contraindre à l'hommage Bernard 1^' d'AIion, qui s'intitulait prince souverain du Doiiazan^ confisqua toutes les terres que ce seigneur possédait dans la Cerdagne espagnole, et les donna à Ramon-Roger, le grand comte de Foix. Le magnanime Roger- Bernard résolut de se réconcilier cette maison puissante des Montagnes, en lui restituant des domaines injustement retenus et en accordant sa sœur en mariage à Bernard II d' Alion. Mais la jeune infante reculade quatre ans encore cette union, sans doute par un mélange délicat de sentimentalité chevaleresq[ae et de religiosité cathare, qui mettait sa gloire dans sa virginité : c'était une préciosité niystiqae de ce siècle ^ Ainsi le comte de Foix

i.flîit. duLang.y t.V,pr. 165. Moreri art.Dusson et Bonac. 1 2:j

assit son pouvoir sur les deux versants, Quérigut et Cardonne, les sources de l'Aude et celles de la Sègre. Par son propre mariage et celui de sa sœur, il occupait les deux extrémités des Corbières , ce rameau pyrénéen qui court de Querigut à Leucate, enfermant, entre la mer et les Pyrénées,' la petite Espagne du Roussillon. Cette tendance révèle la politique des comtes de Foix : avant la fin du siècle, une autre Esclarmonde régnera dans Perpignan, un autre Roger- Bernard à Bayonne. Ils occuperont toute la grande chaîne de la Méditerranée à TOcéan. Us rêvent, pntre la Dordogne et l'Èbre, un État dont le centre et le cœur inexpugnable seraient les Pyrénées. Ces vaillants princes croyaient que l'avenir était aux hautes cimes. Ils raisonnaient en hommes de guçrre et d'héroïsme. Ils se trompaient dans leur fierté chevaleresque. L'avenir n'était pas aux montagnes, mais aux plaines, non pas aux élévations, mais aux abaissements, aux aplatissements de l'âme, et du globe.

Le comte de Foix, qui venait de se rattacher trois puissants barons, était encore le chef de cette armée vague, flottante, fourmillante, innombrable, d'insurgés répandus dans toutes les forêts du Midi. Le comte de Toulouse, bien que plus timide, ne fut pas sans relations avec les troupes des faidits. Bernard de Penne, chef du camp de TAveyron, assista comme témoin à l'accord de Ramon VII avec l'abbé de Gaillac, et l'un et l'autre acceptèrent la .signature de ce rebelle qui refusait de reconnaître le traité de Paris, et qui, du haut de son rocher.

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brayait le roi de France (oct. 1231)*. Sept ans auparayant, le même Bernard de Penne était Tun des signataires du contrat de mariage de Bertrand de Toulouse, frère du comte, avec Comtoressa, fille de Manfred de Rabastens, qui reçut en dot Puiceld, Montclar et Brunîquel (4224). Les grottes de Bruniquel étaient, nous l'avons vu, les cellules sauvages de la dame de Penne, et Comtoressa, bellesœur de Ramon VII, fut Tune des faidites du camp de la Grésigne. On lui démolit les murailles de Puicelei : elle était nièce du fameux Pelfort de RjibastenB, gendre d'Esdarmonde de Foix. Le sang et la foi la rattachaient également au parti national comme à son chef, Théroïque prince pyrénéen. Le comte de Touk)use eut des rapports si étroits et si fréquents avec le roi et le camp de THautpoullois que son nom est resté jusqu'à nos jours anx paysans de l'Albigeois et du Castrais, ainsi qu'aux forêts de la Montagne-Noire '. Enfin Ramon Vn envoya ses bayles recevoir l'hommage des feidits du Thabor. Pardo, Picarel, Astnar et Auger de Montolieu^, qui venait de traiter avec les consuls de Tarascon, ae rendirent à Montségur. Suivons-les dans les Pyrénées.

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