Geograph., du Tarn
3w Moule-Olivo.
LB PATS D'OtHÈS. — RAVON DE PIUILHA. — FONDATION DB ■ONTfflteOR. — CAMP DU THABOt 80US LA PREMIÈRE CROISADE. — SIÈGE DE HONT- ' séCUR. — MONTSéGUR INEXPUGNABLE DANS LES NUÉES.
De Toulouse, après deux jours de marche, au pa» de leurs chevaux, ils arrivèrent dans le pays d'Olmès (Ulmorum) . (Test un petit territoire bocager et pastoral, pittoresquement jeté sur les racines septentrionales des montagnes du ,Thabor qui forment la limife orientale du comté de Foix. L'Ers qui sort de l'Estang-Mal, et le Lectorier qui descend de TEstang-Tort, l'entourent comme d'une écharpe de torrents et de cascades. Entre ces deux gaves, sur une crôte chauve, qui domine des chaînes boisées, se dresse un château qui semble le donjon aérien de toute cette région gracieuse et sauvage. Ce château, ancien castellum romain, et, plus anciennement encore, sanctuaire cantabre du soleil, c'est Montségur. Vers le nord, et comme à ses pieds, se trouvent Lavelanet, dans son vallon, et plus bas encore, formant la base du triangle, la Roca d'Olmès, sur son coteau rocailleux, et Pérelha sur un monticule pierreux d'où dérive son nom primitif de Peyrèla. Pérelha, la Rôca, Lavelanet, et sur son âpre cime Montségur, formaient du nord au sud, et sur une étendue de cinq à six lieues, le domaine féodal des fils de Comet ou Comèta. Les trois Gourgs
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druidiques du Thabor (gurgites), TËrs quisourd de ces caves voloaniques pour disparaître eu chemin dans d'autres gouffres, le I^ectorier qui sur les flancs obscurs du Montferrier va s'échevelant en guirlandes d'écume et en cascatelles, la fontaine intermittente de Belestar qui jaillit d'une sombre grotte, Fontestorbes, Fougars(Fouas) et plus hautencorele val de rËnchantement,des souvenirs fatidiques, des vestiges du tulte héliaque ou vulcanien, répandent sur ce territoire, d'ailleurs si pittoresque, un charme de religieux mystère et de grâce funèbre*. Les montagnes ont une teinte ferrugineuse ; leurs roches plombées se revêtent de noirs sapins ; Thorizon est dentelé de leurs longues flèches lugubres ; la nature en deuil semble contristée de quelque catastrophe tragique. Montségur est posé sur sa cime comme un autel et comme un tombeau. Tantôt il apparsdt d'en bas sur son roc morne et désolé; tantôt assis rayonnant, sur des nuées qui flottent à sa base, comme un catafalque ; tantôt sa masse comme fondue et rendue fluide par le plus ardent soleil semble' étinceler et s'évaporer fantastiquement dans les hauteurs du ciel.
Tel était le poétique domaine féodal des fils de Cométa '. Ramon de Pérelha, chef de cette maison pyrénéenne, placé sur la limite des deux comtés, relevait de Garcassonne pour la Roca, et de Foix
1. UAvelanet d'Abélion, Abelan, Bélenus, le Soleil. Fougars, de Focus, Fontestorbes, Fons turbatus.
2. Les noms astronomiques sont encore très-communs dans le midi : Sol, Solar, Lunar, Estel (Vesper), Estéla, Astre, Astrier, etc.
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pour Montségur: Il était de Tàge du vicomte Ramon- Roger de Carcassonne , qui devait être le premier martyr des guerres cathares, et de son cousin Roger- Bernard, enfant de Foix qui devait en être le dernier héros. Élevé avec ces deux jeunes princes, il avait vu, sur leur déclin, les tournois de Carcassonne et de Foix, les fêtes de Puivert, un des sièges des tribunaux d'amour du Midi, où les petites cours pyrénéennes, réunies dans c^lieu sauvage, entrecoupaient leurs jeux poétiques et chevaleresques par des chasses à Tours dans la forêt de Bèlestar. Bientôt ces fêtes de galanterie héroïque s'éteignirent dans les austîérités du catharisme , et les menaces de la croisade. Ramon de Pérelha , allié par sa mère aux Bélissen de Mirepois, par son lûieule aux Gomeillan du Rasez, par ses autres parentés à toutes les grandes maisons albigeoises des P3nrénées, fut élevé par les Amis de Dieu, qui'le distinguèrent, dans cette jeune et mystique génération, comme un Ëliacin du Paraclet* Il avait environ vingt-cinq ans (1204) lorsque la célèbre Esclarmonde de Foix , sœur du grand comte Ramon- Roger, et veuve de Jordan de l'Ile, vicomte de Gimocz, se retira au Castellar de Pamiers. Cette princesse se convertit au catharisme dont par sa naissance, sa fortune et son génie, elle devait être la papesse et la sibylle. Le Castellar, sa résidence habituelle, devint, comme un sanctuaire du Paraclet et Montségur , son apanage viager , une Thébaïde qu'elle réservait aux Amis de Dieu , dans la tourmente. Sous les éclairs de plus en plus irrités qui jaillissaient du Vatican assombri, la princesse