‹ Histoire des Albigeois (volume 4)Chapitre 2 sur 506 · Les proscrits · texte numérisé non relu

Les proscrits

rants. Les princes relèvent la tête, ils s'unissent aux cités et se liguent secrètement avec les rois d'Aragon et d'Angleterre et l'empereur d'Allemagne. Le catharisme\ expulsé de Toulouse, remonte sur le Thabor, son sanctuaire et son capitole pyrénéen. Mais Rome, pour l'étouffer, enlevant l'inquisition aux évoques, en investit les Dominicains. La terreur et l'horreur couvrent le Midi. Les inquisiteurs sont massacrés à Toulouse, à Vérone, à Saragosse. Les princes s'arment ; ils sont vaincus à Garcassonne, à Taillebourg ; et le Midi retombe pour toujours sous le joug de la France. Montségur, capitale de l'insurrection, est pris dans les nuées. Deux cents victimes périssent sur le bûcher colossal du Thabor. Le reste de ses défenseurs va mourir dans, les basses-fosses de Toulouse et de Garcassohne. Les morts sont expulsés de leurs tombeaux, les vivants scellés dans des sépulcres. Pour construire ces ottblieties, les pierres manquent dans les Pyrénées. Les peuples émigrent en Espagne, en Italie, en Orient. Avec le roi d'Aragon, ils conquièrent Valence et les îles Baléares ; avec l'Empereur, ils expulsent les papes de Rome, avec saint Louis, ils vont se perdre dans les déserts d'Afrique et d'Asie. Le catharisme oriental se transforme dans le spiritualisme mitigé de Narbonne. Son apôtre est Joan d'01iva,sou tribun Bernard Délicios, son chef politique, Elio Patris, le grand consul de Carcassonne. Philippe le Bel, bien que sympathique aux Albigeois, étouflFe

1. Du grec Ka6xpd;, pur; catharisme, religion des Purs, des Saints.

oe dernier soulèvement du patriotisme aquitain. Le catharisme se transforme une troisième fois, et sous le nom d'Amour ourdit dans l'ombre contre les papes une vaste conjuration gibeline et mystique dans toute l'Europe. Le Paraclet fut donc successivement une église j un ordre^ un club immense, et laisse de ses trois formes fugitives, trois monuments immortels : la Camo de Guilhem de Tudella, la Consolation intemelle d'un disciple de Joachim de Flore, et la Dirnne Comédie du Dante qui glorifie son mystique amour dans le ciel sous la figure idéale de Béatrix^. Le catharisme expirant vit tomber des nuées du ciel la grande théocratie romaine, chassée de Rome, exilée d'Italie, captive dans Avignon : par un ministre albigeois dans une cité albigeoise. Ses regards en s'éteignant purent entrevoir dans les ombres de l'avenir, à la lueur des bûchers de Huss et de Savonarole, les têtes colossales et vengeresses de Luther et des réformateurs du xvi* siècle.

Telle est la matière de cette histoire : elle complète le récit de Guilhem de Tudella : tous ses héros deviennent mes martyrs. La défense nationale a son poète et son chroniqueur roman : elle a laissé venir jusqu'à nous des cris de victoire, des chants d'allégresse et de triomphe. Mais l'agonie n'a pas laissé de Jérémie qui nous transmette ses lamentations. Les gémissements des proscrits se sont per- ' dus dans les bois, les sanglots des captifs se sont éteints dans des fonds de tours, les soupirs des victimes ont été étouffés par les flammes des bûchers.

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