‹ Histoire des Albigeois (volume 4)Chapitre 3 sur 506 · Béatrice, loda di Dio vera. Inf. IL · texte numérisé non relu

Béatrice, loda di Dio vera. Inf. IL

Le supplice a détruit jusqu'au tombeau, et le martyre a dévoré jusqu'au martyrologe.

A peine arrive-t-il du fond des temps quelques mâles accents de citoyens, quelques indignations vengeresses de troubadours^ quelques lambeaux des gémissements des martyrs. Encore les devonsnous aux chroniques des conquérants» aux procédures des inquisiteurs, aux indiscrétions des bourreaux, aux confidences de la torture et de la mort. Rome, en général, a fait partout la nuit, partout le silence, partout le mystère, accumulant sur son forfait l'oubli de six siècles. Mais on n'efface pas entièrement les traces.de l'assassinat d'un peuple. Il reste des taches de sang, des débris d'ossements, des vestiges de mort. Quelquefois aussi les assassins sont loquaces; leurs jactances montent vers la justice de l'avenir. D'ailleurs, si les hommes se taisent, la terre parle, le sépulcre dépose, la mort révèle jusque dans son silence. Nul historien ne s'était encore aventuré dans cette Josaphat albigeoise. Je suis entré pieusement dans le ténébreux labyrinthe des sépulcres aquitains. Je me suis établi avec amour, pendant de longs jours, de longues nuits, clans cette nécropole dévastée du Paraclet. J'ai interrogé ces morts avec un respect ému, avec une tendresse éplorée, comme on consulte des aïeux. J'ai ranimé, dans ma pensée, ces guerres, ces supplices, tous ces l-ugubres dra- # mes. J'ai recueilli les témoignages des champs de bataille, la plainte des ruines, le soupir des grottes, l'effroi des sépulcres, et de toutes ces voix du passé, de ces gémissements, de ces affreux silences.

urraoDUGTioif 7

est sorti ce long et douloareux martyrologe. Bien des fois, en m'entretenant avec œs morts, il me semblait entendre des voix qui me disaient comme l'ombre d'Anchise au héros Troyen : Te voilà donc enfin, ô mon Fils 1 Ta piété a vaincu Thorrible chemin 1 Nous t'avons attendu bien longtemps*. -*^ Oui, me voici, ô mes pères vénérés I Ma tendresse filiale vient consoler vos mémoires saintes! Mais quel amour peut élever un monument égal à votre martyre?

Je vais donc raconter à ma grande patrie fran*çaise l'agonie de ma douce et noble patrie romane, et à la puissante démocratie moderne le supplice de la chevalerie consulaire et plébéienne du XXII® siècle. La France nouvelle doit un soupir à ces grands citoyens, à ces magnanimes tribuns, à ces chevaliers de la justice et de la liberté, à ces paladins de l'esprit, de l'amour et de l'idéal divin. C'est pour nous qu'ils sont moi'ts, et ce livre est leur testament, le testament d'un peuple exhumé| après six cents ans, du sépulcre de l'Aquitaine. J'entre dans mon sujet par le poëme de Guilhem de Tudella qui forme à mon humble chronique comme un portique mutilé mais éclatant, et décoré de trophées patriotiques.

ni 11 I w iw m I .p.iy

Toulouse avait vaincu : le Midi refoulait enfin les hordes féroces du Nord ; après quinze ans de

Page 1