‹ Histoire des Albigeois (volume 4)Chapitre 201 sur 506 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

aux toits paternels; et le cœur se brisa quanà il fallut prononcer ce suprême et éternel adieu. Puis on li'enfonça, à pas lents et en silence, dans les hautes gorges et les âpres sinuosités de la montagne. Ramon de Pérelha, avec ses hommes d'armes, s'établit dans son donjon; immobile sur ce sommet crénelé, il reprit sa fonction de gardien du sancuaire du Paraclet. Mais ses compagnons descendirent au fond du vallon, sur les bords de TErs. Ils reconstruisirent leurs cabanes br dlées par Monttort; ils relevèrent leurs huttes effondrées par les pluies et les vents, et dont ils eurent à disputer les ruines atix bêtes sauvages. Ces grandes châtelaines de Fanjaus et de Mirepois qui naguère encore habitaient de nobles demeures féodales, d'antiques manoirs chevaleresques, n'eurent désormais pour abri que des parcs de brebis, des étables â porcs, où elles vécurent avec leurs palefrois humiliés, mais qu'elles décoraient des lances et des épées oisives de leurs époux, et qu'elles parfumaient d'un mélange ineffable de grâce, de piété et d'infortune.

Les évêques qui n'avaient point encore quitté les vallées du Tarn, de l'Aude et de la Garonne, leur champ de combat et de martyre, n'oublièrent pas les exilés de Montségur. Guilhabert de Castres, quelques jours après la ratification du fatal traité, Tint lui-même inaugurer de sa présence et de sa parole ce second exil du Paraclet. L'évêque de Toulouse célébra dans le château la fête de Noël : il consola un peuple de proscrits qui ne devaient plus rentrer dans leurs manoirs paternels. 11 ne devait pas tarder lui-même de ramener le sacerdoce ca-

tbare à Montségur. Effectivement, ce n'est que de la cime de ce refuge pyrénéen, que le chef généreux des faidits verra désormais, à deux lieues dans la plaine, ses châteaux de Pérelha, de Lavelanet et de la Roca usurpés par les croisés. De la plate-forme de son donjon, il peut entrevoir, comme un fantôme, vers le nord, noj'ées dans le brouillard, les tours de Mirepois, séjour du maréchal de la croisade; et plus loin encore, comme une ombre à peine perceptible, la sombre masse du Castellar de Pamiers, résidence d'un sénéchal du roi de France. Ses compagnons n'avaient pas même ce triste bonheur : du fond do leur val sauvage, ils n'apercevaient que d'après rochers, des crêtes aiguës, de noirs sapins. Bien des fois sans doute, les châtelaines exilées du Peyrat, de Massabrac, de Bélestar, de Roquefissade, montèrent sur les cimes, qui semblent inaccessibles, au-dessus des forêts. Là, elles s'asseyaient sur une roche, cherchaient dans la brume des vallons leurs manoirs d'où s'élevait la fumée de l'étranger, regardaient en silence, et pleuraient jusqu'au soir.

Montségur rerut donc une seconde fois et pour toujours les chcviiliers di'possédés par la croisade. Le premier exil avait duré huit ans, mais il avait fini par la délivrance et la victoire; le second devait en durer douze, et devait se terminer par le bûcher, les tortures et les basses-fosses de Carcas* sonne. Les Consolateurs vinrent tour à tour visiter ces proscrits et rç^prcudre un moment haleine dans les bois et la paix du Thabor. Mais ils redescendaient bientôt dans les vallées et dans les

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