LIVRE QUATRIÈME
plaines désolées par rinquisition. Ce tribunal, accusé de nonchalance par le pape, redoublait de rigueurs, comme il arrive aux tyrannies expirantes. Ces fureurs marquent la transition entre l'inquisition mourante des évoques et l'inquisition naissante des dominicains. Les Amis de Dieu, pendant trois ans encore, disputèrent pied à pied le terrain aux délateurs, aux persécuteurs, aux bourreaux. Mais enfin le sombre esprit de Dominique, ou plutôt le sinistre, l'inexorable génie de Rome, l'emporta. A une croisade guerrière de vingt ans, allait succéder une croisade judiciaire de deux siècles. Le sacerdoce albigeois dut songer à regagner l'asile sauvage des cimes du Thabor. Guilhabert de Castres poussa un cri de détresse : le gémissement du vieil évoque parvint rapidement à Montségur. Guilhabert demandait à Ramon de Pérelha de venir le chercher au Pas de las Portas, près de l'église de Saint-Quirc, non loin de Gaillac-Tolosan, sur la rive gauche de l'Ariége (août 1232).
A cet appel douloureux, à cet ordre sacré, Ramon de Pérelha part de Montségur, avant le jour sans doute pour se dérober aux espions de Gui de Lévis. Il est escorté par les chevaliers Bertran de Bardenac, de Bernard del Congost et par Bonan, Marti, Caïrol et quelques autres servants d'armes éprouvés*. Descendant la rampe orientale de Sarrelongue, il évite Lavelanet occupé par les croisés se dirige vers Pérelha qu'il tourne pour ne pas éveiller l'étranger campé dans son manoir paternel,