‹ Histoire des Albigeois (volume 4)Chapitre 212 sur 506 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

de Paris, expulsé de Toulouse, j'erre de ville en Tille, de château en château, de caverne en caverne. Mais les villes sont démantelées, les châteaux assiégés, les cavernes fouillées. Nous n'avons presque plas d'asile sous le ciel. Nous sommes partout traqués par les archers des sénéchaux et les sicaires desévèques. Aussi que de martyrs ont péri sur les bûchers I L'inquisition redouble de fureur. ELe est trop lente encore au gré du pape. Grégoire IX (le brait s'en est répandu) va l'enlever aux évéques et la confier aux dominicains. L'horrible tribunal sera tout entier dans les mains de Rome. Gomme vos épées ont vaincu Montfort, notre parole a vaincu Dominique. Ses prêcheurs ne seront phis que des juges, leurs chaires que des tribunaux et des échaiaads, leurs sermons que des arrêts de proscription, de spoliation et de mort. A la croisade des épées va succéder la croisade des tortures. G'est id la patience des saints I Voici le dernier combat, l'agonie suprême ou la suprême victoire de la nation romane. Dans cette lutte, il convient de serrer ses reins, de concentrer l'organisation ecclésiastique, de donner un siège fixe au sacerdoce cathare, de l'isoler en quelque sorte au-dessus des nuées et de la foudre, pour que son chef puisse diriger l'apostolat dans la tempête, distribuer les consolations sur le champ du martyre, et en recueillir les débris sanglants sur cette cime inaccessible, dans le voisinage du ciel. C'est dans cette pensée, et dans la prévision de la croisade, que fut construit Itontségur. Montségur fut pendant vingt ans de guerre l'arche du salut. L'arche qui portait TÉgUse

de Dieu flotta, pendant vingt ans, sur le déluge de sang, et c'est de cette cimô que s'élança Taigle Johannite qui saisit la croisade dans ses serres, et la colombe de l'Esprit qui portait dans son bec le rameau d'olivier. Montségur sauvera une seconde fois l'indépendance romane et l'église du Paraclet. En conséquence, noble En Ramon de Pérelha, j e vous requiers, au nom du Christ, au nom des évêques mes collègues ici présents, au nom des saints, des confesseurs, et d'un peuple fugitif, de recevoir derechef le sacerdoce consolateur dans les murailles de Montségur, afin que cette Roche soit à jamais 1^ refuge, la forteresse, le tabernacle du Christ et de la patrie, ou, si telle est la volonté du Seigneur, notre sépulcre immortel I »

Ainsi parla sans doute Guilhabert de Castres, avec l'autorité de l'âge, du génie et du martyre, et les évêques et les diacres unirent leurs supplications aux accents paternellement impérieux du patriarche. Guilhabert ne demandait rien de nouveau, rien d'imprévu ; il ne réclamait que la confirmation définitive de ce qui existait depuis un quart de siècle ; il n'invoquait que la sanction irrévocable de la destination primitive de Montségur. Bt pourtant Ramon de Pérelha parut surpris : il hésita comme devant la ruine et la mort; il vit se dresser devant lui le fantôme de son martyre, et il se troubla ; il frissonna en sentant passer sur sa peau l'ombre des oubliettes de Carcassonne, et la flamme des bûchers de Toulouse. Dana ce combat de la nature, il objecta sans doute, qu'il ne pouvait accorder Montségur, sans l'autorisation des comtes

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