‹ Histoire des Albigeois (volume 4)Chapitre 218 sur 506 · LIVRE QUATRlÈaiB · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRlÈaiB

chant ^ae du temple ; car, selon le précepte de saint Psal, les Albigeois se réjouissaient dans leurs mai* sons par des hymnes, et s'égayaient même dans leurs travaux par des chansons et des ballades. Le cathare était instinctivement poète et musicien, et l'apparition de sa doctrine est essentiellement liée au mouvement musical et poétique du -Midi. Au surplus, dans cette solennité, quel concert d'orgues et de harpes eût égalé le cantique formé par le dialogue du vieil évêque, avec les prières des diacres, les sanglots des femmes, les sourds murmures des guerriers et jusqu'au retentissement belliqueux des armures, vouant à l'Évangile p;^scrit et à la patrie expirante cette cime de la terre voisine du ciel ?

Cette cérémonie ne fut, avons-nous dit, qu'une seconde consécration de Montségur au Paraclet. Guillabert prit sans doute pour texte un passage analogue à la solennité, peut-être celui-ci qui contenait tant de consolations et d'espérances, et tiré de l'Apocalypse, l'épopée prophétique des derniers temps : — Et moi Jean, je vis la sainte cité, la nouvelle Jérusalem qui descendait du ciel d'auprès de Dieu, ornée comme une épouse qui s'est parée pour son époux. Et j'entendis une grande voix qui venait du ciel et qui disait : Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes, et il y habitera avec eux ; ils seront son peuple, et Dieu sera lui-même leur Dieu. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus : et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni travail, car ce qui était auparavant sera passé. Et celui qui était assis

Ml LES ALBiGBOIS ET L'INQtnSITlON

sur le trône dit : Voici, je vais faire toutes choses nouvelles : Puis, il me dit: éoris-le, car ces paroles sont véritables et certaiDes (Ap. xxi).

Ainsi, pour ce graad vieillard, tout pareil k celui de Pathmos, cette cime sauvage de Uontségur était la cité mystique ou plutât la haute moatagoe d'où l'œil ravi découvrait la Sien céleste, construite d'or et de cristal, dont la muraille était de jaspe, et les portes de perle. Montségur est l'image de cette cité de l'Esprit. Dieu en est le soleil, et le Christ en est la lune. Leur gloire l'éclairé : il n'y a point de nuit; il n'y entrera rien de souillé, ni personne qui s'abandonne à l'abomination et au mensonge ; mais ceux-là seuls qui sont écrits au Livre de l'Agneau. Dieu essuiera toute larme de leurs yeux. La mort règne partout : la violence et le crimese disputent laterre. Les saints périssent chaque jour. Guillabert rappela les derniers martyrs , depuis ce magnanime Pagan de la Bessède jusqu'aux diaconesses du Lauragais, la noble Bérengère de Gavarret, et s a compagne, Aicelina de^auterive, dont les bûchers s'allument déjà. Il parla sans doute des exilés d'Aragon, de l'héroïque orpheUn de Garcassonne et de ses compagnons revenus de la conquête des Baléares et qui roulaient, comme un nuage orageux, derrière les Pyrénées. Il put montrer, comme une ligne obscure, à l'horizon de l'est, la Montagne- Noire, le camp des Hamondens, sur Us terres de Dieu, et derrière ce sombre rideau, reculé vers le nord, le donjon de Penne, et le camp des faidits du Rouergue et du Quercy. Mais Montségur est la cime sainte, le siège du sacerdoce, le trdne de l'Esprit. Les nations

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