Sidoine Apollinaire
scellé dans la Bible, TÉeriture enchaînée dans le temple, Dieu captif dans le tabernacle; le prêtre, geôlier de Dieu, le pape concierge du ciel et de l'enfer. Partout la servitude et la mort.
Dieu a sauvé deux fois le monde de ce matérialisme et de la corruption romaine, par la révolte immense de l'Esprit. 11 souleva contre l'empire les mystiques, les gnostiques, les solitaires des déserts. Il insurgea contre la papauté, les cathares, les léonistes, les spirituels de Calabre et de Narbonne. C'étaient les Églises proscrites de saint Paul et de saint Jean qui, au nom du Verbe et de V Amour, montaient à l'assaut de Rome, l'Église de la force , TËiglise colossale de saint Pierre, qui pétrifiait le monde.
Les barons aquitains passèrent du barbe Pierre de Brueys au métropolite Nicétas *. Les Vaudois disparaissent dans la retentissante et chevaleresque propagande cathare. Nous n'avons donc à nous occuper ici que des Albigeois sans parler des léonistes, leurs auxiliaires obscurs, enveloppés dans leur tourbillon. Le manichéisme ancien, caché, fugitif, persécuté, n'avait jamais pourtant quitté les Gaules*. 11 y reçut, comme un flot d'alluvion de l'esprit oriental qui le rajeunissait, le gnosticisme ramené d'Orient par les croisés d'Aquitaine et les moines de Sicile. Le catharisme arrivé en Occident , sous sa forme pure, par Venise, venant de Bulgarie , avec Nicétas ; et sous sa forme mitigée par la Calabre, venant de Grèce, avec Joachim de Flore.
1. Nap. Peyrat, Réf. de la France et de V Italie au Xll^ siècle.
2, Les Cathares d'Orléans, d'Ârras.