‹ Histoire des Albigeois (volume 4)Chapitre 236 sur 506 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Mais avec Joachim ou Nicétas, il n'était; à divers degrés, que l'expression de l'hellénisme platonicien et johannite, envahissant le inonde latin. Le monde grec, même dans sa décadence, avait ébloui et enivré la barbarie et la féodalité occidentales Les compagnons de Ramon de SainWîélis , de Frédéric Barberousse, et de Richard Cœur de Lion, étaient revenus avec leur vision d'Orient et ces endiantements magiques exactement reproduits par le Tasse dans sa romanesque épopée. Nous retrouverons à son heure l'hellénisme mitigé et plus ou moins orthodoxe de Joachim de Flore. Nous suivons maintenant la grande invasion du gnosticisme bulgare par Venise en Lombardie, et de Lombardie par les Alpes dans la Provence et dans l'Aquitaine. C'est dans ce vaste cirque des Alpes, des Cévennes, de la Méditerranée, des Pyrénées et de rOcéan, qu'est le sol tragique et sacré, d'abord de l'épopée romane, puis du martyrologe albigeois. Comme le catharisme s'est produit simultanément avec le catholicisme, le néoplatonisme, le manichéisme, il convient de rechercher par voie d'élimination en quoi il se distingue de ses congénères, et cet élaguement nous laissera la tige pure, l'essence originelle de l'arbre divin.

La religion de l'Esprit consolateur et purificateur, aussi ancienne que le mal et la douleur dont elle veut guérir les blessures, doit remonter aux prenûers jours du monde. Avant le Christ, dont il fut commel'aurore, le catharisme a projeté ses rayons ^ans les brames de» l'Inde, les mages de Perse, les ^sséniens de Judée, et chez les Grecs, dans Pytha-

gore et dans Platon. Après le Christ, ainsi que tous les gnostiques, c'est de Platon qu'il procède pour la pensée, et de Pythagore pour la morale, conservant dans VOrient d'en haui^ son rayon vierge ; rayon céleste et lampe grecque. Indo-grec de génie, il repousse le judaïsme, les livres hébreux, les violences de Moïse, les tonnerres de Jéhova.

Alexandrin d'inspiration, il se distingue du néoplatonisme en rejetant toutes les mythologies» les traditions orphiques, homériques, olympiennes, pour se rattacher, par saint Jean, au Christ ^.

Gnostique, il se sépare des autres gnostiques, en rejetant les Éons, les Apraxas, les Diagrammes, les nombres cabalistiques; et du manichéisme persan, en repoussant son dualisme de l'esprit et de la matière, son éternité du mal, ses restes du mazdéisme. Zoroastre lui est aussi antipathique que Moïse *.

Chrétien, et antérieur au christianisme de Nicée, il n'accepte ni les livres juifs, ni les évangiles judaïsants, ni les symboles de l'Église impériale, ni les pompes païennes dé la théocratie romaine. Il se détache du tronp chrétien par la branche mère de saint Jean, et forme comme un néo-christianisme, par le dogme générateur du Paraclet ^.

Tels sont les rapports dii catharisme aVec les religions et les philosophies antiques, et le christia-

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