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G. de Tud. — P. de Vaux-Gernay

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furent encore accrus par les offrandes du conquérant, dans son retour triomphal à Paris : elle décora de toutes ces dépouilles la royale abbaye de Chevreuse. Port-Royal n'était pas encore terminé quand elle y vit arriver les cercueils de Simon, d'Alix et de Guy de Montfort, les ruines* de ses fils et de leurs compagnons, et tout cet immense naufrage de la croisade. Son cloître, trois siècles plus tard, recueillit d'autres grandes épaves de FÂlbigisme; c'est là qu'abordèrent le Béarnais Du Vergier de Hauranne, abbé de Saint-Gyran, les Arnauld et les Pascal, deux familles provençales, qui après avoir traversé l'Auvergne et le Calvinisme, et s'être retrempées dans ce double granit, arborèrent le drapeau de l'Évangile sur ce Port qui devint alors véritablement Royal, c'est-à-dire chrétien. Port-Royal, dont les racines plongent dans la croisade, a sa place dans ce martyrologe, et nous devions ce souvenir à la pieuse Mathilde de Marly, consolatrice de nos ancêtres ^.

Le château de Montfort-l'Amaury s'élève sur un monticule que dérobent des coteaux boisés. Vers l'est, au pied de ce mamelon, l'église gothique dresse sa flèche aiguë; et plus bas, dans les replis du terrain, s'allonge la petite ville féodale en forme de croix. Le château domine un vaste bassin confus de verdure normande. Il n'en reste que quelques ruines informes revêtues de vieux lierres dans les

1. Le nom d'Âmauld est méridional et aUMgeois. On trouve parmi les réfugiés de Montségur, un Pascal du Glairan, avocat; et parmi les diacres et martyrs cathares, R. du Verger (de Viridario).

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touffes desquels se caahe un monstre grotesque^ qui fut jadis un lion. Vrai symbole rabougri et renfrogné du régime féodal, effaré dans notre siècle démocratique. Amaury, rentrant dans le manoir de ses aïeux, put se croire encore au Gastellar de Pamiers. Pareil est le monticule conique , mais moins beaux sont les ombrages; il lui manque sur^ tout le tumulte de l' Ariége et l'éclatant horizon de neige des Pyrénées. Les Montfort furent les Guises du XIII' siècle, alliés par la fameuse Bertrade aux rois capétiens. Aventuriers d'audace et de génie, ils cherchèrent fortune en Aquitaine, en Italie, en Angleterre, en Hongrie, en Grèce, en PalesUne. Ils combattirent selon les lieux et les temps, tantât pour les papes, tantôt pour les princes, tantôt pour les peuples, toujours pour eux-mêmes, poussant leur cheval de bataille dans toutes les révolutions pour y saisir des empires dont le fantôme leur échappa constamment au Sud comme au Nord, en Orient comme en Occident. Ils n'en retirèrent qu'une mort tra^que et qu'une renommée sinistre. Simon fut le plus grand des condottieri de sa race de proie : c'est le sicaire superbe de Rome, le paladin terrible de la théocratie. Après une dernière halte dans son donjon natal, Amaury et ses compagnons escortèrent le char funèbre à trois lieues vers le couchant, au moustier des Hautes-Bruyères, nécropole féodale des Montfort. Le chef farouche aux longs cheveux, à la noble et guerrière figure, fut sculpté en pier(t sur la tombe * . A ses pieds, reposait son

1. Le Montfort de la pierre tombale de Garcassonne, ce chevalier au nez aquilin, à la longue chevelure, et semblable

lion, gardant son sommeil éternel. Pour que ce mort crût n'avoir pas changé de sépulcre, on imita sans doute son monument de Garcassonne, et pour consoler ce vaincu, on y sculpta ses conquêtes. Oa y sculpta des sièges, des batailles, des villes crénelées, le massacre de Béziers, les gibets de Lavaur, la mêlée nocturne de Muret, le martyre de Toulouse ; et probablement aussi le supplice de Baudoin, ce frère félon de Ramon VI, pendu pour sa trahison à Montauban, devenu un martyr de la croisade, et dont le collier sinistre, le lacet strangulaire s*épanouit sur son front en auréole ^. Les yitraux de la chapelle flamboyaient de symboles héraldiques. Au lion de Montfort s'unissait la brebis de Saint-Gélis sous la croix de Toulouse. La croix blanche resplendissait immaculée sur l'étendard rouge de la croisade. Les mêmes eiùblèmes décorent encore aujourd'hui l'une des verrières de l'église de Monlfort-l'Amaury, et pour qu'aucun doute ne soit possible, c'est la fenêtre du sud, celle qui regarde l'Aquitaine. Au-dessus, saint Éloi ferre le cheval de Simon, et, pour mieux le chausser, le forgeron limousin malignement arrache la cuisse du palefroi. Sous un air de miracle ne serait-ce pas une épigramme, une vengeance tardive de

à un Mérovingien, doit être Guy, frère d'Amaury, vicomte de Bigorre, tué sur les murs de Gastelnaudary. Cette figure, tout simplement entaillée dans la pierre, et sans autre signe distinctif que son lion, est trop jeune pour ôtre celle du chef de la croisade.

1. Du Mége : Notes àeVHist. du Lang., t. V. Tombeau de l'évoque Radulfe à Garcassonne.

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l'artiste roman qui, sur ce coursier boiteux, ramène la croisade vaincue des Pyrénées. Quoi qu'il en soit de la pensée du peintre, ce conquérant, qui sema tan{ de morts, eut deux tombes, et se passait un luxe, une superfluité de sépulcres. Le sarcophage et le cénotaphe multipliaient son éloge funèbre : Simon de Montfort^ comte de Toulouse^ marquis de Provence^ duc de Narbonne^ guerrier inmeible de Dieu^ martyr tris-glorieux de Jésus^-Christ ^ Mensonges de la défaite qui s'ajoutaient aux vanités de la mort et qui n'accroissaient que le triomphe du néant.

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Dès qu'Âmauryde Montfort eut scellé le cercueil de Simon, son père, dans sa nouvelle tombe (que ce mort devait garder, non plus six ans, comme son sépulcre de Garcassonne, mais près de six cents ans« jusqu'à la Révolution française qui devait l'expulser encore de cette nécropole), le chef vaincu de la croisade se dirigea vers Saint-Germain en Laye. Par les collines de Yillepreux, suivi de

1. GaUh. de Tadelle, vers 8680. Pierre de Vaux-Cernay, chap.86.

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ses compagnons de layallée de Cheyreuse, et entouré de ses parents les sires de Marly, de Croi^y, de Poissy, dont les demeures féodales environnent la résidence capétienne, il venait étaler sa misère aux yeux de son seigneur, le roi de France. Des hauteurs boisées de Marly, Amaury décourrit la forteresse royale, construite cent ans auparavant par Louis le Oros, probablement sur une maison de chasse de Charlemagne, d'od lui venait son nom primitif de Garlovane, associé à celui de Germain, évoque de Paris, dont l'oratoire avait remplacé le sanctuaire de la laie druidique. Adossée à la forêt de chênes de Laya, assise sur la haute berge de la Seine, aux pentes abruptes de laquelle se suspend en descendant jusqu'aux roseaux du fleuve, un village de pêcheurs entrecoupé de grottes', comme un refuge d'oiseaux aquatiques, sa masse pentagonale occupe puissamment la courbe de ce magnifique fer k cheval de colline» dont les extrémités sont couronnées, au nord, par les tours féodales de Montmorency, au sud, par les flèches monastiques du mont Valérien. Vers l'orient, dans l'ouverture de ce cirque revêtu de forêts, on entrevoit dans la brume les hauteurs fortifiées de Paris, et la basilique de Saint-Denis, reconstruite par Suger, et nécropole des rois de France. Saint-Germain était la résidence favorite des premiers Capétiens, principalement de Philippe-Auguste qui, tout en chassant le sanglier dans la vaste forêt de Laya, y convoquait son baronnage pour guerroyer contre les Anglo-normands.

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