‹ Histoire des Albigeois (volume 4)Chapitre 260 sur 506 · LIVRE CUfQUieME · texte numérisé non relu

LIVRE CUfQUieME

Yres étaient les prés, les rochers et les bois. La science de ces maîtres consistait uniquement sans doute dans la connaissance des herbes, de leurs sucs énergiques, de leurs fleurs d'un parfum et d'un éclat si merveilleux dans les Pyrénées. Mais alors, peut-on les accuser de croire que la floraison et la fructification des plantes étaient Tceuvre de Satan, à moins que Satan ne fût un agent même de Dieu. Car la médecine suppose dans les végétaux une vertu curative, un principe de vie, et comme une émanation même du Créateur^. Le cathare, comme le brame indien et le disciple de Pythagore, était instinctivement hospitalier, compatissant, miséricordieux : sa charité s'exerçait jusque sur les oiseaux des bois, et les chevrettes des montagnes. Mais son art avait abondamment de quoi s'exercer sur les victimes infortunées de la croisade. Ajoutons que les Albigeois avaient non-seulement la réputation de connaître les vertus secrètes des simples, des sources et des minéraux, mais encore de commander aux éléments et de dominer la nature, comme ministres de Dieu. Ils n'encourageaient pas la superstition populaire qui les revêtait d'une auréole miraculeuse. Un jour, Guilheni Guari, diacre de Lautrec, fut pris par les traqueurs du chevalier Matfred. Ce chevalier paralytique, dès qu'il entra dans son château, vit dans son cap-

1. Leurs ennemis les accusaient d'enseigner quod Deus non fadehat granare nec fioren. Mais les chevaliers revenus d'Espagne, afilrment le contraire, dans leur profession de foi : «M erezem loDiou q^ fi granar et flortr^ G. de Tudelle, v. 3706.

tif, calme et serein dans les fers, comme un être surnaturel. Quelle espèce d'homme es-tu? s'écria le Tieux guerrier étonné. — Je suis un homme comme toi, répondit le cathare, mais un hjomme qui peut te guérir, si tu veux me rendre la liberté. L'Ami de Dieu, dégagé de sa chaîne, prépara un bain salutaire. Matfred guéri tomba aux pieds de son sauveur, en disant : Bénis-moi^ et fais de moi un bon chrétien. Le baptême de Teau fut suivi du baptême de l'Esprit*. Pierre et Arnaud Faure du Lauraguais étaient aussi des médecins renommés. Arnaud Bos, diacre d'Hautpoul, était le médecin habituel du camp de Nora. Bernard d'Aïros *, diacre de Saissac, se partageait entre la Montagne-Noire et le Thabor : il guérit Ysarn de Fanjaus malade à Cuella. Guilhem Garnier, du Mas-Saintes-Puelles, l'ami des Saint- Andréo Cap-de-Porc, cathare revêtu^ fut, au moins pendant le siège, le principal pAy5tct>» de Montségur. La médecine semble avoir été constamment unie au diaconat, comme un art sacré; mais la chirurgie, qui versait le sang, paraît n'avoir été qu'un art laïque et en quelque sorte profane. Nous connaissons le grand chirurgien albigeois, Arnaud Roquier. 11 était de Belpech, sur l'Ers, et conséquemment vassal desMaurand, ces illustres johannites et magnanimes citoyens et consuls de Toulouse, seigneurs de ce monticule du Lauraguais insignifiant aujourd'hui, mais véritablement beau au moyen âge, par leur noble manoir dont les dernières pier-

1. Arch. de Vlnq, de Carcas. Doat, xxiv, f. 110. f?. Il V avait aussi le diacre G. Dairos.

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res achèvent de tomber aux souffles des siècles et des Pyrénées. Le chirurgien patriotç marcha contre les croisés sous les bannières nationales de Foix et de Toulouse. Après la bataille infortunée de Muret, il en suivit les débris sanglants réfugiés dans l'Andorre et la Catalogne (1213). Revenu d'Espagne, avec les princes, il les accompagna dans les tragiques et suprêmes luttes du Midi (1218). Proscrit une seconde fois par le traité de Paris (1229) il remonta avec les faidits et les spoliés sur les cimes du Thabor. Arnauld Roquier fut donc le grand et magnanime chirurgien des guerres romanes, et des deux champs d'asile pyrénéens, Castelbon et Montségur. Son patriotisme et sa science lui méritent une place glorieuse dans le Martyrologe aquitain. Le catharisme, qui donnait le sacerdoce aux femmes, leur confiait également la médecine et la chirurgie. Na Rica, mère du diacre Ramon d'Azalbert, sainte célèbre du Mas, n'était pas moins renommée comme chirurgienne *. Les chevaliers saignaient et même rasaient dans leurs grottes les Amis de Dieu. Le même praticien qui tenait la lancette prenait aussi le rasoir, et après avoir ouvert la veine coupait à son tour la barbe, comme on le voit de nos jours encore en Espagne. Car, au rebours du moine qui était barbu et chauve, le cathare était imberbe et chevelu. Ascète délicat > non content de s'émacier parle jeûne, il se diminuait (minuebat) encore par la saignée, et retranchait môme, avec sa vigueur, cette végétation de la chair^

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