‹ Histoire des Albigeois (volume 4)Chapitre 271 sur 506 · LIVRE aNQUlËMË · texte numérisé non relu

LIVRE aNQUlËMË

lia, et de leur fille Braïda de Bélissen. Pélégrina de Saintr-Andréo, sa bru, s'était aussi rapprochée du Thabor; et, selon son nom symbolique, vivait errante et nécessiteuse, sur les racines de la montagne sainte, tantôt à Perella, tantôt à Lavelanet, tantôt à Bélestar, où des amis plus heureux la recueillaient sous leur toit. La pauvre faidite trouvait moyen d'envoyer à l'humble solitaire de petits présents rustiques, dont elle chargeait un messager nommé Ramon de Fogars (Fouas) : deux sols, un poisson, une galette, une courge de vin ; telles étaient les richesses qu'échangeaient ces deux mendiantes qui naguère encore possédaient des châteaux. Quelquefois la pieuse bru allait sur la montagne sainte, visiter la vénérable recluse dans sa grotte. La Noémi albigeoise reconduisait sa tendre Ruth, par le haut chemin de Lavelanet jusqu'à la descente de Serr^ longue. Là, elles s'asseyaient sur une roche, à l'ombre d'un chêne, et, avant de se donner.le bai-^ ser d'adieu, ces deux exilées pleuraient en silence voyant monter des tours du Peyrat, habitées p i r les Croisés, la fumée de leurs foyers, bleue et fugitive, comme le bonheur de l'homme, dans la vapeui croissante du soir ^

Peu de ces legs d'exilés, on le voit, entraient, dans le trésor de Montségur. Il était principalement pourvu par les subsides volontaires des seigneurs, et par les secrètes largesses du pieux et

1. Doat, t. XXn. Dép. d'Arnauld-Roger de Mîrepois. Manascrits de Tlnq. de Toulouse, interrogatoire de Pélégrina iu Mas-Gap-de-Porc, art. Mas-Sainte-Puelles.

magnanime comte de Foix. Ce trésor était recelé en partie, au fond des souterrains du château, dans une arche de granit scellée de fer; et, en partie, de peur d'un siège de la forteresse, dans les forêts d'alentour, au fond d'une caverne uniquement connue de Ramon de Perella et de Guillabert de Castres ; peut-être cette grotte que l'on voit béante, et comme une bouche contractée d'effroi, près de la cime duPic de Bidorte, cette montagne qui aiguise son cône au sud de Montségur, où le soleil, en se reposant, comme un globe de feu, marque l'heure de midi, aux ombres renversées des sapins qui tombent perpendiculairement vers l'Ers. Le synode enfin termina ses délibérations en décidant que les actes rédigés sur parchemin par Pierre Polha, son secrétaire, seraient conservés dans les archives de Montségur. Et, sans doute aussi, qu'avant de se séparer, ces évoques, ces diacres, ces laïques, selon l'usage des anciens conciles,- proclamèrent hautement la foi qu'ils allaient bientôt confesser dans les bûchers. Guillabert de Castres récita le symbole johannite, et à chaque silence du vieux Pontife, l'assemblée répondit par des acclamations. Rétablissons ce funèbre dialogue, car c'est le testament d'un peuple martyr.

SYMBOLE CATHARE

Nous croyons en Dieu un, unique, universel ', infini, et nous l'adorons sous la triple appellation

1. Toutes les religions antiques sont parties de l'unité de Dieu.

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de Père, de Fils et de Saint-Esprit, trois personnes consubstantielleSy mais inégales, ou comme disent les Grecs, nos maîtres : le Père, Agnostos; le Fils, Démiourgos; l'Esprit, Paraclétos *.

Nous croyons que le Fils (Jean, i, 3) est le oréateor, mais qu'il existe en Dieu deux principes secondaires : l'un positif, la vie ; l'autre négatif, la limite ou la forme, et que de ces deux modifications de l'être résultent toutes les choses créées : d abord l'Archétype de l'univers, la cité de Dieu flottante comme un saphir dans la lumière pure ; pais cette chaîne brillante de mondes qui de globe en globe descend dans les ténèbres jusqu'à notre terre, assise sur les confins du néant ^.

Nous croyons que le péché n'est point né dans l'Éden, mais dans le ciel. Que Lucibel l'archange illustre, prince et principe des discordes, s'est révolté contre Dieu, et que vaincu par le Fils, prince et principe de la vie, il a été, avec ses légions d'anges, précipité des cieux.Que de cet écroulement des cieux, dans la guerre des deux puissances, résulte la création des mondes, et de notre terre ténébreuse, que Lucibel dispute encore au Christ, séjour des bannis dont il est le roi, et théâtre des changements, des douleurs et de la mort ^.

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