‹ Histoire des Albigeois (volume 4)Chapitre 277 sur 506 · LIVRE OINQUIÈMS · texte numérisé non relu

LIVRE OINQUIÈMS

nuées. Les gorges de TErs et de la Frao, du côté de

Béle:)tar, les bois de Serralongue vers Lavelanet,

le vallon de Montferrier étaient constamment

sillonnés d'hommes montant et descendant les

rampes de Montségar. C'était le vénérable Guillabert

se rendant avec sa garde chevaleresque aux

châteaux d'Ax, de Foix, de Rabat, de Lordat, de

Montalion, et de Quérigut. C'étaient des évêques

revenant de leurs tournées pastorales escortés par

les barons du Quercy, de l'Albigeois» de l'Agenais.

C'étaient des marchands avec leurs ballots d'étoffes

ou de comestibles, sur leurs mulets au front décoré

de flocons de laine rouge bleue et jaune, et d'une

large lune de cuivre éclatant. C'étaient des villageois

poussant dev^ant eux l'àne chargé de leurs offrandes

rustiques. C'étaient des proscrits, des malades, des

mourants : ils venaient chercher à Montségur, les

uns la liberté, les autres la guérison : ces derniers,

le salut. Bien des vieillards s'y retiraient dans des

cabanes isolées, attendant tranquillement la mort

sous la forêt sainte oii leur cendre espérait (vain

espoir, hélas 1) reposer éternellement.

Ce champ d'asile pyrénéen contenait environ six cents proscrits. Idais comment les cathares, campés sur la montagne sainte, communiquaientils, de leur aire, avec le village, la vaJlée, le monde? Gomment subsistaient-ils sur cette cime déserte et qui ne possède aujourd'hui ni une source d'eau ni un fruit même sauvage ? L'étroit et tortueux sentier du château trop raide, trop scabreux, trop vertigineux, pour être habituellement gravi par des mulets chargés de lourds fardeaux, devenait

absolument inaccessible quand Thiver durcissait ses cascades de glace ou roulait ses tourbillons de neige. La forteresse fermait l'unique accès de la Roche et les nuages qui presque continuellement flottent sur ses rampes abruptes, suspendent la cime lumineuse comme une lie dans le ciel où les solitaires ne pouvaient être visités que par les anges, La tradition vient là-dessus en aide à l'histoire- Les approvisionnements de la Roche se faisaient par le hameau : c'est là que les muletiers déposaient leurs chargements. Les bourgs voisins, Bélestar, Lavelanet, Massabrac, le Peyrat, Léran, pourvoyaient, la montagne cathare. Leurs blés étaient broyés par les meules de l'Ers, Nous connaissons le meunier de Montségur. Pons Ax exploitait naguère le moulin féodal dont on voit encore la noire écluse écumer en blanches nappes au pied du château do Lavelanet. Pons était au nombre des parfaits, et lorsque, selon l'usage de ces temps héroïques, les filles de Berenger de Lavelanet et de Ramon de Perella descendaient de leur manoir pour moudre leur blé, elles tombaient d'abord aux pieds du meunier cathare, en disant : Mon Père, bénissez-nous ! — Que le Seigneur vous bénisse, répondait bénignement le vassal que la foi élevait un ins« tant au-dessus de ses châtelaines. Après ce préliminaire sacerdotal, il faisait sa mouture. Ax, dépouillé de son moulin comme ses seigneurs de leur manoir, les suivit certainement à Montségur, et reconstruisit ses meules sur le cours de l'Ërs ^

1. Doat, XXII. Déposit. de Lombarda, ûlle de Berenger de Lavelanet.

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