FONDATION DU MONASTÈRB DE PROUILLE
Fanjaus, situé à l'extrémité méridionale du Toulousain , relevait directement de la maison de Saint-Gélis. Montfort eût hésité sans doute à envahir le domaine d'un prince encore l'allié des croisés. Mais Dominique évidemment vint le chercher à Montréal pour l'entraîner sur Fanjaus, comme Maurin, abbé de Pamiers, vint le chercher à Fanjaus pour l'entraîner sur Mirepois et les terres du comte de Foix. C'est sur les excitations de ces deux moines que l'ardeur conquérante de Montfort s'élança, sans déclaration de guerre, sur le territoire de ces deux princes. La participation de Dominique à cet attentat se
LIYEIE SIXIÈME
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mesure i la part qu'il reçut dans les spoliations de FaDjaus. Montfort lui donna un logis personnel, un vaste bâtiment où Dominique installa son couvent de soeurs du Villar, et hors des murs, le domaine de Prouille, futur berceau de Tordre dominicain. Acceptons les témoignages de la tradition monastique, et tâchons de tirer de ces vagues indications légendaires, des révélations d'une évidence historique. Et d'abord, la maison qu'on désigne comme celle de Dominique, située sur le point culminant du quartier oriental, entre l'église et le Senhàdor, est incontestablement une enclave du château. Si c'est le logis donné par Montfort, il faut que le conquérant ait cru devoir héberger le missionnaire castillan dans le manoir féodal, pour le dérober aux vengeances d'une population ardemment patriote et albigeoise. Mais si ce logis est, ce qui nous paraît très-vraisemblable, celui qu'habitait Guillabert de Castres, nous devons en conclure que cette maison, reconstruite plusieurs fois et d'un aspect aujourd'hui si délabré, n'est pas seulement fameuse par le séjour de Dominique et de Guillabert : elle est encore illustrée par la convertion d'Esclarmonde deFoix, vicomtesse deGimoez, d'Auda de Belissen, dame de Fanjaus, et de trois autres matrones romanes, en présence de toute la chevalerie pyrénéenne.
Simon de Montfort fit don de la châtellenie de Fanjaus à l'évêque de Toulouse , le plus ardent instigateur de la croisade. De plus, le conquérant et l'évêque firent à Dominique la double oflfrande
d'un vaste bâtiment dans les murs de la cité, et d*un territoire immense dans la plaine et dans la forêt. Ce bâtiment, situé au sud-ouest de Téglise, est probablement ce que les chroniques appellent la maison des Armens ou des Arméniens que les croisades auraient amenés d'Orient *. C'était vraisemblablement des armuriers qui fabriquaient ou vendaient des armes asiatiques pour les barons pyrénéens . Ils embrassèrent le catharisme venu comme eux de Perse. Leurs ateliers étaient fréquentés de la classe chevaleresque, et Dona Turca y prêchait chaque soir. Dona Turca et son mari Don Ferrand se réfugièrent à Montségur. Le vieux chevalier ne put en mourant payer l'hospitalité de Bamon de Pérella que par l'héroïque legs de son cheval de bataille. Cet oratoire albigeois devint un monastère où Dominique transféra sa confrérie des Sœurs de la Sainte-^Vierge du Villar. Mais outre ce couvent destiné à la conversion intérieure de Fanjaus, le missionnaire espagnol conçut le projet d'une école monastique en vue de la prédication extérieure, et de la propagande catholique dans l'Albigeois, l'Europe et le monde. Dominique ne crut pas devoir l'établir dans Fanjaus même, soit qu'il redoutât l'hostilité des habitants, soit qu'il obéit à cet instinct d'isolement qui entraîne les moines vers les bois. 11 s'arrêta au pied de la montagne, du côté du levant, à une demi-lieue du château, et en quelque sorte sous la protection des balistes du châtelain croisé, combinant ainsi la se-