‹ Histoire des Albigeois (volume 4)Chapitre 302 sur 506 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

curité avec la solitude, il prit le domaine confisqué sur Guilhem de Prouille, chevalier albigeois, qui cinq ans auparavant assistait à l'abjuration d'Esclarmonde de Foix^, et qui maintenant expulsé de son manoir paternel et dépossédé de son domaine héréditaire errait proscrit avec son cheval et sa lance dans les forêts. Cette odieuse spoliation a été transformée par la légende en une espèce d'idylle monastique. Dominique, à l'en croire, aurait vu du haut du Senhîuior, un globe de feu, tomber sur Prouille, comme une étoile, pour indiquer au missionnaire l'emplacement providentiel de son monastère. Il y a toujours des flammes dans la légende du moine espagnol et celle-ci est, on en conviendra, un merveilleux symbole de l'ordre dominicain qui devait, comme la salamandre, vivre dans le feu. Seulement, ce feu que l'on fait descendre du ciel, montait au contraire de la terre, et c'est l'incendie qui dévoraiye château de Prouille. Mais qu'était-ce que ce Senhador d'où Dominique contempla la splendeur miraculeuse? C'était la plus haute tour du château, le donjon où Isarn de Bé- Ussen arborait la SwAeira, c'est-à-dire, la bannière féodale de Fanjaus, aux armes des Fih de la Lune, d'azur au croissant d'argent. Ce n'est donc pas de ce plateau maintenant désert, et marqué d'une croix en commémoration de ce prodige, que Dominique vit l'ange ou la flamme qui lui désignait le berceau de son ordre, mais du donjon et par les meurtrières des sombres murailles où se réfugiait le moine

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