‹ Histoire des Albigeois (volume 4)Chapitre 310 sur 506 · LIVRE SIXIËUE 1S · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIËUE 1S

de Cluny, ni le grand, le magnanime Bernard, abbé de CUirvaui. Parmi ces princes du désert l'àpre Espagnol choisit pour son tj'pe le rude Norbert, fondateur de Prémontré , patriarche de l'ordre des Chanoines. Il en rendit seulement la règle sévère moins claustrale , et en mitigea les rigides préceptes par les précoptes mystiques de celle de Saint-Augustin. H fonda un ordre mixte entre le cloitre et le monde. Dominique, dit un de ses biographes, qui le compart^ à Noé, construisit son Arche à triple compartiment*. Dans le premier, il plaça les frères occupés de la prédication du salut, et de la contemplation des choses célestes. Dans le second, il réunit les sœurs vouées aussi à la contemplation, et, nou,s pensons, à l'éducation et à l'enseignement. Dans le troisième, il rassembla une multitude innombrable de frères et de sœurs laïques, reliés par quelques légères pénitences, et menant la vie active du siècle. C'était une confrérie par laquelle l'ordre se confondait avec le monde qu'elle envelop|iait dans son élastique et immense cadre : c'était proprement le Tien- Ordre.

Nous aVons dit que Dominique n'était qu'un Albigeois orthodoxe et mmain. Nous allons le prouver encore surabondamment. Il maintint les trois vœux johannites de pauvreté, d'abstinence, et àeehluteté,que^es ordres monastiques, il est vrai, avaient empruntés à l'ancien manichéisme. Comme leiathare, le dominicain, voyageant avec son com-

i. Anlonin île Florence.

pagnon, ne devait avoir ni or, ni argent; mais vivre, en chemin, d'hospitalité et d'aumône. Dominique voulut même que l'ordre ne possédât rien collectivement; mais il acquit d'immenses domaines, et lui-même s'enrichit des ruines du midi. Quant à l'abstinence, outre six fêtes et autres courts jeûnes, il prescrivit un jeûne continu de sept mois, depuis Sainte -Croix de septembre jusqu'à Pâques. Ce long jeûne dominicain correspondait, en surenchérissant, aux trois jeûnes principaux, de quarante jours chacun, que les Albigeois observaient dans la même saison, le premier depuis novembre jusqu'à Noël, le second avant Pâques, et le troisième après la Pentecôte. En général Dominique s'était contenté de bouleverser les règles ascétiques, ordonnant surtout le lait et les œufs détestés des cathares. Quant à la chasteté, les Amis de Dieu, qui ne touchaient jamais la chair d'une femme, même dans leurs ordinations, l'emportaient sur les dominicains moins scrupuleux. Maisàces trois vœux gnostiques, Dominique ajouta le vœu monastique d'obéissance qui devait donner à son institut une force de cohésion, une vigueur et une unité que n'eurent jamais les Albigeois. Quant au vêtement, la tunique de lin du Johannite avait été remplacée par la chemise de laine des moines ; mais sur la robe blanche de Glteaux, emblème de virginité, le dominicain jetait la robe noire des cathares, symbole du deuil de l'âme, surmontée seulement d'un noir et disgracieux scàpulaire. C'était, on le voit, un ordre mixte, et, par la robe comme par le génie» d'un caractère

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