‹ Histoire des Albigeois (volume 4)Chapitre 32 sur 506 · Rabastens RapistagQum, ut Ripa Stagni · texte numérisé non relu

Rabastens RapistagQum, ut Ripa Stagni

tion épamocde en auréole. C'est ainsi qu'il fut probêlement sculpté sur le tombeau de Montfort à Carcassonne. Baudoin avait épousé une fille de la maison également perfide de Lantrec, et c'est de kD que descendent les vicomtes^ de Paulin et de Montai, les yafillants capitaines calvinistes du xn* siècle qui lavèrent dans leur sang la honte de leur aîeuL Le vicomte de Bruniquel confisqué sur Baudoin fat donné à Bertran, et passa de l'oncte infidèle, au neveu fidèle et loyal, pour la défense de la patrie romane.

Montaoban a, dans ses origines, le noyer fu-nèbre de Baudoin, la harpe de Guilhem de Tudella qui commença son poëme dans ses murs, et l'épée* des deux comtes de Foix qui en sont les héros épi^ qnes. Montauban, cent ans auparavant, n'était encure qu'un Moustier avec son bwri ou faubourg de rDe-Amade (Insulat-Amata^)'. Le comte Alphonse f(»da vis-^vis un bourg indépendant qu'il dota de libertés. Ramon VII en investit le comte de Foix pour contenir la fanatique abbaye, faire face à Gahors vendu par un perfide évêque à Philippe-Auguste, et occuper un poste de guerre incomparable an confluent du Tarn, du Tescou, de la Garriga, de l'Aveyron et même de la Garonne. Roger-Bernard posa son camp sur le plateau occidental , et la ville de Montaubanse groupa autour d'une église qui, chose significative, fut dédiée à saint Jacques, saint Espagnol ennemi des Français. C'est par les saints que

1. Le moyen âge traduit XZrimr insala, mais ee nom basque signifie yiUe, la viUe aimée.

l'on distingue les partis au moyen âge comme dans l'antiquité païenne on les discerne par les dieux : c'est une lampe qui dirige l'historien dans l'obscur dédale des vieux siècles. Roger-Bernard, élargissant les murailles de sa ville florissante par les guerres patriotiques, donna au bastion du sud le nom de Palhars, en souvenir de la Délivrance partie de cette cime catalane. Montauban, ouvert à toutes les églises, se peupla surtout de Vaudois et d'Albigeois ; et fut tellement hérétique et patriote, que la croisade et la conquête royale l'enfermèrent dans un cercle de forteresses, la Garde, la Française, la Bastide du Temple et la Commanderie de Ville- Dieu. Le mariage de Bertran et de Comtoresse, par Bruniquel, Montclar et Salvagnac, assurait au comte de Foix, parent des Rabastens, les clefs des vallées du Tarn, du Tescou et de l'Aveyron, dont sa ville occupait le confluent, car c*est ce que signifie le nom ibère de Montauban, le monticule des

Roger-Bernard, chef militaire du Midi, combattant contre le roi de France avec les comtes de Toulouse, de Gommenges et de Carcassonne» chevauchant le même palefroi de la ligue romane.

i. Mont esr ibère comme Âlba. Âlba est traduit en roman par Rio : ainsi Rio-Âlb, dans le comté de Foix. Alb est le radical d'une multitude de localités voisines des fleuves. Alby sur le Tarn, Albias sur l'Aveyron, Albenas sur l'Ardèche. Albula est le nom primitif du Tibre (Tarn-iberus, fleuve ibère). Alba Longa est au bord d'un lac, deux Albium étaient sur la plage Ligurienne. Albion ne signifie probablement que la maritime.

parait être le type de Renaud de Montauban, le héros du roman chevaleresque des quatre fils d'Aimon, guerroyant contre Charlemagne *•

Le jeune vicomte de Bruniquel conduisit sa fiancée, la vierge de Rabastens, dans son manoir féodal, suspendu, comme son nom l'indique» sur une falaise brunâtre qui surplombe la rive gauche de TAveyron. Les comtes de Foix, de Toulouse et de Carcassonne, leurs parents, alliés et suzerains, durent assister à ce mariage tout patriotique et cathare. Toutefois, leur contrat ne porte de noms connus que la signature de Ugo d'Alfar, beau-frère d'En Bertran, et celle de Bernard de Penne, oncle probablement de Na Condors *. Le prince des troubadours de TAveyron, le vaillant et gracieux Jordan, vicomte de Saint*Antonin, revenu vieilli de laguerre et de l'exil, dut être aussi présent à ces fêtes. Jordan était cathare : baron, poëte, amant, comment ne Teût-il pas été? Un prince est toujours de la religion du peuple qu'il gouverne, de la femme qu'il adore et de l'art qu'il cultive. Or» son peuple était albigeois à ce point que son bourg fut donné à Gui de Montfort, frère du chef de la croisade. Ses

i. Dans sa première défense de Toulouse (1218), Roger- Bernard de Foix élève contre les croisés une barrière sur laquelle il plante l'enseigne de Mont-Aigon. ÉTidemment c'est la bannière de Montauban, son camp du Tarn. Mont- AigOQ, c'est Aiga*Mont, et par contraction Aimon, le père de Renaud de Montauban. Guilh. de Tudella, vers 7789, page 528.

2. JE», aspiration de Sen, diminutif de Senhor, dérivé du latin Senior et du basque Senarra.— A'ia, diminutif de Dona, oontracUon de Domina. En est encore usité dans TAlbigeois.

6i LES ALBIGEOIS ET LINQUISITION

deux amantes mystiques Tétaient : la première, la tendre yicomtesse de Penne, sur le bruit de sa mort, entra dans C Ordre des hérétiques; et la seconde, Alix de Gourdon, fille du vicomte de Turenne, était une femme virile et l'énergique compagne du plus redoutable baron de la Dordogne ^ . Enfin, sa harpe Tétait : toute poésie était cathare : poésie, chevalerie, amour, trilogie de Tidéal divin du Paraclet. L'ingénieux vicomte dut présider la réunion des troubadours, si nombreux dans une province placée sous le patronage de sainte Cécile, Tharmonieuse vierge d'Alexandrie, conviés à ces noces albigeoises et venus à la suite des princes dont ils étaient les chantres domestiques.

Les comtes de Toulouse, de Foix et de Garcas* sonne, qui, par la rupture des négociations» se préparaient, dans Tallégresse même de ces fêtes nuptiales, à de nouvelles et sanglantes guerres, durent inspecter ces châteaux de TAveyron sortis des croisades blessés et mutilés comme leurs ba* rons : Peyrusse, Cahuzac, Saint-Marcel, aux sièges si meurtriers ; laGuépie, dont les ruines décorent, de nos jours, leur ravin voilé de chêne et de châtaignier; Najac, encore tout entier sur sa cime battue des vents et des nuées; Saint- Antonin, disparu de son piédestal de rocher d'Anglars comme rasé par une trombe. Penne dont le temps, comme une chenille, a rongé, mordillé les murailles déchiquetées

comme les nervures d'une feuille morte; enfin,

1. Pierre de Vaux-Cernay (ch. SO, p. 304) appelle Bernard de Gasenac, seigneur de Gourdon, un scélérat, et sa femme Alix, une JésabeL

Braoiquel, Montclar» Salyagnac, dont les manoirs, aujourd'hui détruits, résonnaient alors de chants et de sons de harpes, mais qui vont retentir de bruits de guerre et de cris d'alarme, et seront tout à l'heure les citadelles sauvages des camps de proscrits errants dans les vastes forêts de la Grésigne. L'Aveyron est comme une émeraude liquide qui roule en écumant entre deux montagnes de fer. Sur leurs pitons, des manoirs chevaleresques se dressent, comme des vedettes, dans les nuées; d'innombrables cavernes creusent leurs fala^ises comme des colombiers sauvages. Les barons habitent les donjons sur les cimes nues; leurs mères, leurs sœurs vivent recluses dans les grot« tes suspendues sur les déclivités boisées, aux abords du torrent. Les cathares, qui détestaient les monastères, pratiquent le monachisme et le cenobitisme des rochers. Là, vivait une population de vierges et de veuves: elles filaient, tissaient, cousaient des vêtements ; elles récoltaient des fruits agrestes, distillaient des liqueurs cordiales, exerçaient la médecine du corps et de Tàme, lisaient et prêchaient l'Évangile ; et le soir, en silence, contempigent le ciel, ce livre de Dieu I Entre Penne et Bruniquel, sur la rive droite, et vers la cime de la falaise, s'élevait leur métropole. C'est la vaste caverne de la Madeleine toute semblable à une ca*thédrale * . C'est là probablement que la tendre ÂJadais, pleurant le vicomte Jordan, se réfugia dans Faraour de Dieu. Les châteaux protégeaient les grpt-

« 1. M. le pasteur Bouvier, de Saint-Antonin.

tes ; les grottes priaient pour les donjons : ces prières étaient aussi des glaives, des glaiyes de feu dans le ciel^ Les princes visitèrent certainement cette gracieuse thébaïde où respire un charme héroïque et funèbre. Les fâtes nuptiales s'y mêlent maintenant aux austérités ascétiques, mais bientôt des bruits de clairon entrecouperont sinistrement les chants des poètes, et les oraisons des solitaires, et la vallée sainte se transformera en un camp patriotique commandé par le jeune vicomte de Bruniquel et les deux vaillants fils de Tarchidiaconesse de l'Aveyron.

Comme avant la croisade, trois religions se trouvaient en présence dans le Midi : le catholicisme tliéocratique et romain, le catharisme chevaleresque, le léonisme républicain. Le valdisme avait les cités, Talbigisme les châteaux, le catholicisme les couvents. Le catholicisme avait la plèbe monacale, le valdisme la population urbaine, le catharisme, la noblesse féodale. La guerre n'avait pas changé ces rapports : mais le catholieisme, provocateur de la lutte sanglante, était le vaincu; les deux hérésies restaient victorieuses. Elles représentaient le dou* ble élément national ; l'autre appelait ^étraIlg^r. Le catharisme surtout était le vainqueur éclatant. II a sacré Tinsurrection romane sur les cimes de Castelbon. Il a ramené sa chevalerie dans Toulouse, et vient de terminer la victoire dans Carcassonne. Mais dans cette revanche héroïque, le vaudois s'est uni au cathare, comme le consul au baron. Le val-

i. Beaucoup de ces grottes ont disparu insensiblement remplies par les stalagmites.

disme bourgeois esrtrécuyer de ralbigisme chevaleresque. Ils ont vaincu de concert; ils ont mêlé leur sang; mais unis dans le combat, ils sont divisés dans la paix, comme les nobles et les plébéiens. Le valdisme^ biblique et républicain, est sans éclat. Honnête et ferme, comme la bourgeoisie, il ne fait rien de grandiose. Il n'est que le second du catharisme comme le consulat n'est que l'auxiliaire de la chevalerie. Il est partout, mais partout il disparaît dans le retentissement de la propagande cathare. Son jour n'est pas encore venu : plus sobre et plus solide, il vaincra plus tard ; le catharisme finira avec la chevalerie; avec la bourgeoisie et le peaple triomphera leléonisme.Leur aurore se lèvera au xvi« siècle; leurs prophètes seront Luther et Calvin. Les Vaudois cependant se montrent dans les villes les plus patriotes, Pamiers, Montauban ,Carcassonne, Avignon, et certainement aussi Toulouse. Mais Toulouse est surtout la cité Mundina; elle a vu rentrer dans ses murs, après un exil de vingt ans, Goillabert de Castres, le patriarche albigeois. Bernard de Simorra, le vieil évêque cathare, est aussi revenu dans Carcassonne; et l'archidiacre de Fanjaus et de Mirepois, le fameux Vigoros de Bocona, estallé, en compagnie de Pons-Adhémarde Rodelha* le précepteur même et le parent du comte de Foix , réorganiser les églises albigeoises à* demi détruites dans la Gascogne et l'Agenais, et certainement reconstituer l'élément national par ordre de ce prince.

LLeh devant la lettre l, la mouille. Ainsi Rodelha se prononce Roudeilla.

Le parti catholique comprenait les prêtres , les moines, la plèbe, les partisans de la croisade. C'était le parti vaincu, mais terrible encore par le nombre, la vengeance, sa cupidité féroce, son fanatisme sombre, ses barbaries inexpiables. Il rugissait sourdement ; vaincu, il appelait des vengeurs ; étranger ou transfuge, il implorait l'étranger, le roi de France, le pape de Rome. Montfort avait jeté aux évêques, aux abbayes, aux chefs croisés, de vastes lambeaux du territoire conquis, pour consolider sa conquête. Les seigneurs romans victorieux ressaisirent leurs terres, leurs châteaux, leurs villes usurpées. De là des luttes encore au sein de la paix et comme un prolongement de la guerre. Les ravisseurs durent se dérober aux représailles des légitimes possesseurs, et se cacher dans les bois et les cavernes. Les évêques de la croisade s'enfuirent devant la victoire comme une nuée d'oiseaux effrayés. L'archevêque deNarbonne et sessuffragants, les évêques d'Agde, de Béziers, de Nîmes, de Maguelonne, avec les chefs des monastères, se réfugièrent à Montpellier, oasis catholique, dans le Midi cathare, sous le sceptre du roi d* Aragon. De cette ville, ils écrivirent au roi Louis, le dernier bulletin de la croisade, en faveur de son chef, Amaury de Montfort*. Amaury, qu'ils attendaient comme leur messie ne revint pas, au printemps. Ramon VII, à l'expiration de la trêve, reprit Agde, et saisit Loupian et Marseillan, châteaux de l'évêque. Le dimanche des Rameaux (7 avril 1224), les hérauts du

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