LIVRE SîX\Èm
maaoirs paternels, u'ont d'abri, que l'ombrage des bois et la voûte du ciel. Ce dtiniier article comprenait ea niasse les proscrits de Moatségur.
Tel fut le programme de i'Inquisition.etlesigaal de celle chasse aux Amis de Dieu. Aussitôt, de Toulouse, de Carcassoane et d'Albi, sièges du terrible tribuual, avec ses décrets et ses agents, l'épouvante passa comme un nuage sur le Midi. Les Pyrénées en frissonnèrent, le soleil en devint paie, le ciel et la terre s'associaient aux douleurs de l'humanité'. On mvestit les villages; on envahit les maisons, les bercails; on fouille les caves, les cavernes, les forêts; on redemande aux sépulcres les ossements; on corrompt, on fait mentir la raorl. On ameute, après les lapitifs, comme des chiens aiïamés, les passions les plus abjectes et les plus féroces, les cupidités, les fanatismes, les envies, les liaines implacables, les impitoyables peurs, multipliées dans une guerre plus que civile d'un quart de siècle. Alors on vit, comme aux plus mauvais jours de Rome impériale, le fils trahir son vieux père, la fille livrer sa vieille mère, les parents oublierle fruit de leurs entrailles. Une religion dénaturée dénouait tous les liens delà nflliire. Les inquisiteurs, dans leurs interrogatoires s'iibandonnaient aux capnc^'s les plus fantasques d'une subtilité savante et barbare. A l'un, ils offrent un aliment, et sur l'accepliition ou le refus de l'accusé, ils le déclarent catholique ou cathare : une
1. 11 y eut 'les treiiiblemenU de lerre, et deux éclipses de Kiieil (rf37l que l'on ne iiiuii.[U!i posde prendre pour des
signes tie la colère d« Dieu .
goutte de lait repoussée envoie à la mort. A l'autre, ils présentent un coq ou un ramier vivant et l'on verse le sang d'un homme qui n'a pas voulu répandre le sang d'un oiseau. A un troisième, ils posent le dilemme suivant uon moins indécent que captieux . — Par le pouvoir de qui la femme engendre-t-elle, est-ce par le pouvoir du l'homme ou par la vertu de Dieu. Si le suspect répondait que c'est par le pouvoir de l'homme, tu vois bien, s'écriaitle moine farouche, que tu es liéréttque, car les cathares prétendent que l'homme est engendré par l'homme et par le diable I Si l'inculpé, tremblant et troublé, se reprenait en disant que c'est par la vertu de Dieu : Donc, ajoutait le dominicain terrible, tu prétend que Dieu couche avec les femmes : Va, tu n'es qu'un abominablehérétique. Et l'effroyabledilemrae refermait sa double serre sur l'infortuné devenu inexorablement la proie de ce tragique sophiste '
Les consuls, défenseurs delà liberté et de l'hamauité contre les inquisiteurs, s'efforcèrent de cal mer d'abord l'effroi, puis la fureur des populations, Usfirentcourirde bourg en bourg le mot d'ordre de n'opposer que le silence et la dénégation aui longs et captieux interrogatoires des dominicains. Aussi ces terribles juges, en arrivant dans les communes furent-ils étonnés d'en trouver les habitants concertés et silencieux. Ils ne purent rien obtenir des citoyens de Castelnaudari. Us ne furent pas plus heureux, a ce qu'il semble, à Carcassonne.Ilsavaient notamment cité à leur tribunal les Fils d'im^éna, héritiers des deux puissantes maisons romanes