‹ Histoire des Albigeois (volume 4)Chapitre 328 sur 506 · LIVRE SIXIËNE · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIËNE

de l'Aurore devint la métropole du culte de la lumièredansl'Aquitaine. Mais la croisade la dévasta et l'obscurcit de son tourbillon, et saint Dominique, le Montfort de la prédication, établit, de l'autre cdtéduTarn, un camp monastique pour la tenir en échec, dans le château de l'Escure ; ville, comme son nom l'indique, d'origine basque, et construite sur la rive droite du Tarn, à l'endroit où le fleuve, étranglé entre deux rochers, bondit en écumaut, ce qu'exprime le nom cantabre de ce Rapide, le Saut de Safio^. Cette succursale de Prouille fut le séminaire des inquisiteurs de l'Albigeois. Grégoire VS. installa le redoutable tribunal dans la métropole johannite. Il en établit le siège, à l'ombre des tours de l'évoque, dans la forteresse épiscopale, contiguë à la cathédrale (revêtue elle-même de sa carapace militaire) et séparée par un fossé profond de l'indocile et orageuse cité. Arnaud Catala et Guilhem P(>lis5a citent à leur barre les disciples du Paraclet. Trois parfaits, Pierre del Pech-Perdut, Pierre de Bon-Mancip et le chevalier Arnaud GrifQ, furent candamnés au bûcher. Douze croyants furent bannis temporairement et envoyés , pour s'y perdre, dans les guerres musulmanes d'Espagne et de Palestine-.

Mais après les vivants ils réclament encore les morts. C'était le jeudi après la Pentecôte (1234). L'évêque Durand tenait un synode dans la basilique de Sainte-Cécile. L'inquisiteur voulut apparemment inaugurer cette solennité par une exhumation

1. Sava et Ava eau. — Escurs : Vria, source, Esc. basque, a. Percin, Monum. p. 48.

156 LES ALBIOEaiS ET L'INODISITION

de cadavres. Il ordonne au bayle de l'évêque de déterrer les os d'une hérétique nommée Tesseyre. Le bayle objecte l'irritatioa populaire qui, chose bizarre, a pu laisser brûler les vivants, mais qui ne peimettrait pas d'eshumer les morts. Gatala, audessus de ce préjugé funéraire, se rend anssitût, suivi de quelques prêtres, au cimetière de Saint- Étienne, situé sur la hauteur et au levant de l'évêché. Armé d'une bêche, et pour donner l'exemple, il creuse lui-même latombecathare. Après quelques coups, laissant achever le reste aux genadel'évèque, il revient dans la cathédrale, promettant au synode le parfum d'une combustion d'ossements humains. A peine s'était-il assis, qu'il voit accourir en désordre les fossoyeurs effarés et haletants. La foule a voulu les mettre en lambeaux et les enterrer vivants dans la tombe profanée. L'inquisiteur furieux sort, et marchant à leur tête, les reconduit au cimetière envahi par le peuple tumultueux. A son aspect, une clameur menaçante s'élève comme un rugisse* ment de la conscience humaine blessée dans son sentiment le plus sacré. « Qu'il sorte de la ville, le traître! Mais non, il n'est pas digne de vivre 1 II faut qu'il meure I Au Tarn, au Tarn I » Catala, saisi, renversé, foulé aux pieds, est traîné vers le fleuve'. Le peuple l'eût jeté dans les flots, sans la clémente et généreuse entremise des consuls. L'inquisiteur rentre dans la cathédrale, s'élance vers la chaire, et U, poudreux, meurtri, horrible et superbe, fulmine l'excommunication sur Albi. Oa tâche de

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