Faurieî, Hist. de la poésie provençale
A son retour de Saragosse, le Solitaire réunit se^ compagnons : il leur représenta que ce n'était point assez qup de racheter les captifs du fond deleur couvent, qu'il fallait sortir des terres chrétiennes, se rendre dans les pays infidèles, et arracher aux musulnaans leurs esclaves, comme des agneaux de la gueule des loups et des lions. Le sort désigna Pierre pour ouvrir cette mission aventureuse; il partit avec l'intention de donner non-seulement son argent, mais encore, s'il le fallait, son sang et sa vie. 11 s'attendait A rencontrer beaucoup de dangers et de douleurs. Les musulmans entourèrent d'honneur et de respectale cénobite. Il parcourut le royaume de Valence, et rentra bientôt 'à Barcelone suivi de deux cents esclaves délivrés. Il partit une seconde fois, et poussa jusqu'au royaume de Grenade. Il revint avec unégalnombrede chrétiens dont il avait rompu les fers. Sa charité étonna les Barbares : il prâcha l'évangile dans les villes maures ; il convertit m^me un émir andalous ; et k son retour il put raconter à son îiiiibitieux disciple, i son élève couronné, quelle était la douceur et niâme la faiblesse de toute cette Espagne musulmane '.
Ce n'était donc pas la répression du fanatisme arabe qui mettait, cette fois, l'épée dans la main du Conquistador, La férocité africaine s'était fondue dans la Huerta de Valence et dans la Véga de Grenade. Le continent ne ressemblait pas à l'archipel. Le roi voulut jeter comme une proie à l'énergie aragonaise les débris expirants de la conquête
i. Zurita, Cbron. lU Arago.