‹ Histoire des Albigeois (volume 4)Chapitre 379 sur 506 · LIVRE SErriËMB ISS · texte numérisé non relu

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n'était pas celle de Montpellier et de Narbpane. Le dialecte valencien dérive évidemment des Pyrénées. L'habile roi mêla les Albigeois aux Maures pour les contenir les uns par les autres, de sorte que ces villages aquitains s'élevèrent parmi des bourgades arabes qui portent encore de nos jours les noms de Alménara, Alcantara, Albaïda, Bénimeli, Bénimasot, Béniarbech, Bénimarful ^.

Mais ni cette forêt, ni cette plage, ni ces flots qui arrêtaient le conquérant politique n'arrêtèrent le conquérant religieux. Nolasco s'embarqua sur cette mer inhospitalière et vogua vers l'Afrique, comme pour montrer à don Jaïcmé, aux rois espagnols, à ses compagnons de la Merci, le but de leurs conquêtes futures, dans cette Afrique, mère des monstres. Il aborde à Alger, il va chercher les chrétiens captifs dans les basses-fosses Mes Barbaresques; il en délivre des multitudes des mains des pirates. L'argent venant à lui manquer, il revient en chercher en Espagne. Le Maure qui veut le faire périr l'embarque sur une vieille tartane démâtée, sans voiles ni gouvernail et l'abandonne aux vagues, dans une tempête. Mais Dieu, dit la légende, calma l'orage, et le Saint, faisant mât de ton cùrpz^^i voile de 909i manlvai», traversa la mer, et aborda miraculeusement en Espagne. Il envoya la rançon, mais ne revint pas en Afrique, et ne quitta plus son monastère de Barcelone où il mourut, la nuit de Noël, 1256, un peu plus âgé que le siècle.

1. Donsayna (hautbois), colecsio de musica alegre^ en soif a valensiana (1845).

nt LES ALUGBMS ET L'INQUISITION

Ni Rome, ni l'Espagne guerrière et fanatique, ni ta croisade féroœ et moostnteuse n'ont porté, dans lears dures et tragiques entrailles, cet ange de la charité des mers et des bagnes. Nolasco est fils d'un sang et d'un ciel plus clément, un fils de la douce terre romane et de la tendre église dn Para^ det. Nous avons dédnit logiquement sa filiation historique. Au surplus, sa légende en laisse indirectement échapper l'aveu symbolique. Nolasco n'était jamais allé à Rome; jamais il ne s'agenouilla au sépulcre du Prince des Apôtres. Unjour, ilvitapparaitre devant lui le terrible Porte-clefs : « Puisque tu n'es pas venu me voir, lui dit-il sévèremmt, je viens te chercher. » L'Église romaine est venue chercher Nolasco, et l'a enlevé à l'Église du Consolateur. Par l'origiae comme par le génie, la Consolation estlamire delaMerci. La chevalerie cathare exilée pouvait seule enfanter la chevalerie errante du martyre et de la clémence des mers. Rome s'est approprié Nolasco, dont elle a dénaturé l'histoire et enveloppé lafigure d'un nuage et d'une auréole. Le chevalier albigeois, devenu un saint catholique, est invoqué sous le nom de saint Pierre Nolasque. C'est ainsi que Rome s'appropriera plus tard le mystérieux auteur de la ConMlatin InUrtulk, une autre colombe éclose, on le reconnaît bien à son gémissement, sous les parois en ruine du Paraclet.

i. Acta Sanct. LègendtdêS.F. Nçiat^t.

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Grégoire IX adopta l'ordre de la Merci presque en même temps qu'il institua le tribunal de Tlnquisiti6n, et les attacha l'un et l'autre au roi d' Ara^ gon. Le Conquistador eut toujours à ses côtés un ange et un démon : l'ange c'était Pierre de Nolasco, fondateur de la Rédemption des captifs ; le démon, c'était Ramon de Penafort , inquisiteur de Barcelone, et, plus tard, troisième général de l'ordre dominicain. C'est oe qui explique la désaffection des Albigeois qui ne virent plus, et avec raison, dans le fila du héros-martyr de Muret, que le soldat de Rome, et le glaive de TEspagne.

Derrière le vaisseau qui le portait aux Baléares, rampait, comme une couleuvre sur la mer, l'inquisition. Derrière le cheval impétueux qui l'emportait' vers Valence, se traînait un monstre noir, muet, horrible, l'inquisition. L'inquisition s'établit dans le royaume comme dans les lies maures, de sorte qu'à peine le catharisme vainqueur se reposait de ses combats et de ses blessures au bord des flots, dans ses forêts d'orangers et de grenadiers, dans ses booages de roses et de jasmins, Thorrible tribunal vint l'y relancer, comme un tigre.

StS LUS ALBIGEOIS ET L-INQDISITIOH

C'est ce qui explique pourquoi Roger de Carcassonne, Olivier de Termes, les seigneurs de Saissac, de Cab-Aret, deMinerbe, conquérants deTArchipel, ne conservèrent aucune part des lies musulmanes, et pourquoi, renonçant à leurs palais arabes et à leurs vassaux barbaresques, ces grands proscrits revinrent errer dans les forêts et les neiges des Pyrénées, où du moins ils respiraient les parfums de la terre natale, plus doux à leur cœur blesséque les senteurs des bocages baléares. L'inquisition tendit constamment à catholiser les Maures conquis et les conquérants catbares : pendant cinq cents ans, elle a brûlé des musulmans, brûlé des juifs, brûlé des chrétiens; et quand notre siècle indigné démolit enfin les palais de l'homicide tribunal, quand la révolution espagnole enfonça leurs portes inexorables, et se rua en tumulte dans l'ombre de leurs cavernes, qu'aperçut-elle sous ces voûtes moites de sang et de pleurs î On découvrit, comme une décoration funèbre, les portraits des victimes, et audessus de ces mornes figures, comme un éckantillon de supplice et de cadavre, deux ossements calcinés en croix '. Voilà quel culte de Moloch on substituait à la douce et tendre religion du Paraclet.

Plusieurs des conquérants albigeois pourtant se sont perpétués dans les fie& que leur distribua le roi d'Aragon. Ils sont la souche de quelques vieilles familles espagnoles ; leur origine est encore reconnaissable à. leurs noms occitaniens. Les Muntaner qui ont produit un historien de Catalogne,

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