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les Cotaner, dont le nom est le même avec une racine celtique, rappellent les Montagnes Noires, leur berceau. Les Delpechy les Delpuig, étaient de Pechnautier, des seigneurs de Cab-Aret, du clan des enfants de Nos. Évidemment, voilà les compagnons deRogerdeCarcassonne. Leurs armoiries indiquent la même descendance pyrénéenne. Les Garri (Grands) au nom ibère, ont dans leur blason trois tours d'argent. Les Cos (montagne) , au nom cel-. tique, ont un ours d'or, couronné d'un lis d'or. Et les Bonpart, au nom roman et cathare, ont avec le lion un aigle noir, l'aigle Johannite en deuil planant dans un ciel d'étoiles. Ces noms sont communs à l'archipel et au littoral espagnol. Mais ici les origines n'éclatent pas seulement dans les écussons, c'est encore dans le sang qu'elles étincellent, et dans l'esprit des peuples^. Les Catalans, même les Valenciens, malgré leur mélange mauresque, ont le teint blond et le caractère indépendant des races septentrionales* On sait combien ces provinces romanes, si vives, si actives, si entreprenantes, si antipathiques au lent et hautain génie castillan, se sont impatiemment résignées au joug de plomb, et plus difficilement incorporées à la monarchie théocratique de Charles-Quint. C'est par ces provinces orientales que la monastique et ténébreuse Espagne respire encore, avec les brises de la mer, quelques rayons de lumière et de liberté qui sont comme le souffle précurseur du Christ.
1. En effet, Prim, Balaguer, Soler, Figaéras, Castellar, sont des noms albigeois. Les descendants des exilés du xm* siècle viennent de détrôner les Capétiens d'Espagne.
A côté de Nolasco, dont Timage apostolique erre sur les grèves de Barcelone et de Valence, une autre grande figure plus originale, plus philosophique, et plus chevaleresque, plane sur l'archipel Baléare et regarde aussi l'Afrique. Sur la flotte catalane que montait le jeune conquistador faisant voile vers les îles musulmanes, et dans son escorte de faidits albigeois, se trouvait un chevalier du nom de LuUio (L'oli, L'olio)*. Ce chevalier, quelle que soit son origine, s'établit à Mayorque, et cinq ou six ans après son arrivée dans sa nouvelle patrie (1235) eut un fils auquel il donna le nom de Ramon, en souvenir probablement de son infortuné seigneur le comte de Toulouse. Cet enfant, né, peutêtre, d'une femme arabe et d'un père cathare, eut de sa double race, de son archipel, et du voisinage de l'Afrique, un esprit vif, ardent, mais singulier, hasardeux, intempérant, cosmopolite, chevaleresque à la fois et oriental. Son éducation nous apprend que les faidits albigeois avaient transporté leur civilisation romane dans l'archipel Baléare.
Le jeune Ramon LuUe honore principalement trois choses : le cheval, la science et Tamour; leur réunion forme, selon lui, l'idéal chevaleresque. Cet insulaire avant tout est chevalier : il aime le cheval et non le vaisseau, et non la mer. Il prête une dignité à ce noble animal. Il est à ses yeux le
1. Les Espagnols disent Lullio, du roman oli, olivo, oliver. Probablement de l'olivier du Ma»Saiiàte8*Pu6ll6s. Alors LuUio serait parent de Nolasco, branche de Saint-André- Oap-de-Porc.
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symbole non de lagaerre, mais du commandement. Le vilain humilie le courtsier, et le lâche fait affront au palefroi. La monture du l&che c'est Tàne. Le chevalier a le glaive pour la justice, et le cheval pour la souveraineté. Ce n'est pas qu'il méprise le vilain et le marchand : leurs professions sont les plus nécessaires à la société. Il veut les protéger^ mais il réserve le gouvernement à l'intelligence et à la yaleur.. Son idéal, c'est qu'un bon clerc et un bon chevalier s'unissent pour gouverner le monde ^ . Cette part faite à l'intelligence trahit la race romane. Lulle est le chevalier de la pensée : la science devient un élément de la noblesse. LuUe sort de son lie : il parait aux tournois d'Aragon et de Castille. Mais il recherche surtout les écoles juives et arabes de Cordoue. Ce sont ses champs clos scientifiques et il rompt plus dîme lance contre les mollas et les rabbins. Esprit encyclopédique il cultiva toutes les sciences de son temps : philosophie, théologie, médecine, chimie, astrologie, et les langues orientales. Il méditait une somme des sciences de son siècle dont il tentait de réduire les éléments tumultueux à l'unité, pour le triomphe de la foi chrétienne, lui penseur indiscipliné, esprit insulaire, frondeur baléare.
Lulle est un chevalier errmit de la science, et même un chevalier sauvage du sentiment, car le sceau de la perfection chevaleresque ce n'est pas la science, (?est l'amour. Il a l'âme trop tendre,
1. Ramondi Lulli Opéra : Libri PhU, Metaphis. Générales artium.
S3S LES ALBIGEOIS ET L'INQOiSinON
et l'esprit trop ingénieux, pour n'être pas poëte. Selon les mœurs romanes importées dans l'archipel, il a son dualisme conjugal, et à côté de l'épouse, est l'amante idéale. Cette dame de ses pensées est une jeune matrone mayorquine, d'une grâce délicate et d'une beauté languissante, comme une fleur sur un tombeau. La mélancolique insulaire, après une longue résistance, lui dit, un jour, qu'elle cédait à son amoureux désir, çt se découvrant la poitrine, lui montra son sein rongé par un cancer, et son cœur dévoré par la mort ; son cœur, mais non son amour qui, se dérobant au mal par le trépas, allait revivre dans le ciel. La jeune baléare expira bientôt après et Lulle inconsolable se retira dans sa pénitence et sa doiileur sur la montagne de Ronda, une des cimes de l'ile. Là il vit avec ses regrets, il pleure son amour et son péché, il assoupit son âme dans la piété, dans l'étude et la poésie : il chante morte celle qu'il célébra tant de fois vivante, et dont le fantôme le poursuit sur ses rochers, dans ses bois de pins, au bord de la mer ^ Dans ses tendres et funèbres extases le Christ cinq fois lui apparut cloué sur sa croix. Le divin crucifié le reçut comme son chevalier. Un pasteur mystérieux vint le consacrer au service du Christ. Est-ce Nolasco, son compatriote, peut-être son parent, dans tous les cas son consanguin par l'àme? Ramon rêve la chevalerie de la science comme Pierre la chevalerie de la charité. Il veut délivrer l'Orient, et reconquérir le saint Tombeau, mais par la parole.
1. Hamondi Lulli Opéra. Libri Var, art. Medieinœ, JuHm utriusque.