Troubadours : Miguel de la Tor
UVRE SEPTIÈME S4i
on le voit, était un homme du peuple, un chanteur des rues, un troubadour turbulent des cités républicaines du Midi, un Aristophane plébéien et querelleur toujours prêt à molester les chevaliers, et à persifler les clercs et les évêques. Il est épicurien et non pas cathare, mais pourtant allié à l'albigisme, et sans doute parent du diacre Sicard Figueyras, directeur des écoles et des ateliers de Cordes. Lui, sa religion, c'est le plaisir, la liberté sous le doux ciel du Midi, Tamour de la patrie toulousaine. Mais il est citoyen, il est peuple, il est homme, et ce sentiment profond de la patrie et de l'humanité transforme un vil histrion en un poëte de génie, n a vu sans doute son parent livré à l'inquisition, et, mis entre le supplice et l'apostasie, abjurer entre les mains d'Isam, le fanatique abbé de Vieilmuret. Il a entendu ce moine troubadour célébrer sa chute lamentable dans un poëme d'une platitude barbare dont chaque homicide strophe s'illumine sinistrement d'une lueur de bûcher et répand une odeur nauséabonde de chair humaine rissolée. La famille et la patrie le chargent de leur vengeance immortelle. Il va transpercer ce ménestrel du saint-office, sur sa lyre de plomb, dont le monotone et sourd grincement, comme celui d'un gril ou d'un sabot, accompagne le mugissement de sa stupide mélopée '. Mais non, l'idiot disparaît dans la vapeur des larmes et du sang. Ce n'est pas xm homme, c'est un peuple tout entier qu'il voit étendu sur un chevalet, et sa grande ennemie .