Raynouard, troubadonrs^ Isam de Vïeilmm^^. Il iO
réternelle tortionnaire, c'est tlome. Alors cet histrion se transfigure dans les douleurs patriotiques et monte à la hauteur des vengeances de l'univers. Son galoubet devient une grande lyre dont les cordes d'airain sifflent comme Tare de Tarchange et grondent comme le tonnerre de Jéhova. Voyons rimplacable chanteur vider infatigablement son carquois sur sa gigantesque ennemie attachée dans sa pourpre au pilori des siècles.
Mais comment traduire, dans sa fureur naïve et sa sainte férocité, ce prodigieux ïambe dont les vers, en nombre impair dans chaque strophe, s'élancent par bonds inégaux, et désordonnèment se précipitent, doublant, triplant, quadruplant leurs rimes vengeresses, comme des pointes de glaive, sur ce nom inexprimablement odieux, inépuisablement évoqué : Rome I
— « Rome, je ne m'étonne pas si le monde se perdi Par toi, le siècle a été mis en travail et en guerre I Par toi, mérite et merci sont morts dans l'univers t Et par toi, Rome perfide, racine, tige et cime de tout mal, fut trahi le roi d'Angleterre I »
— « Rome tradtresse, ta convoitise t'abuse ! Tu tonds jusqu'au vif tes brebis. Mais que le Saint- Esprit, qui revêtit l'humaine chair, entende nos prières 1 Qu'il te brise le bec, Rome I Et ne demande pas grâce, car tu es fausse et déloyale envers nous et les Grecs I »
uvfissEPntns M
— « Rome, n'en doute pas, ta «etas un jour angoissée des prédications menteuses que tu fais sur Toulouse. Tu lai ronges les mains I Tu déchires les petitsi^t les grands comme une chienne enragéel Mais si le comte régnant vit deux ans encore, il fera de tes perfidies repentir la France I »
— € Rome» ta perversité est telle que tu ne tiens compte de Dieu ni de ses Saints 1 Rome, perfide et larronne, tu règnes si indigneiuent qu'en toi se caclie, et s'amasse, et s'incarne toute la tromperie de ce monde! Quel outrage n'as-tu pas fait au comte Ramon i »
— « Rome, j'ai l'espoir qu'avant peu tu viendras à mal port, si le vaillant empereur relève son destin, et agit comme il le doit! Rome, je te le dis en vérité, tu verras déchoir ta puissance, et que Dieu, le Sauveur du monde, me donne de le voir I »
— « Rome, que de félonies, de vilenies et de crimes ne commets-tu pas pour obtenir l'empire du inonde 1 Tu n'as crainte de Dieu ni de ses statuts. Aussi, je le vois, tu feras plus de mal que je ne puis dire, ou dix fois plusl »
— € Rome, tu serres tellement la griffo que ce que tu peux saisir rarement t'échappe I Si tu ne perds hientôt ton pouvoir je vois dans ton piège trébucher le monde! Il est vaincu* il est mort; voilà l'œuvre de ton papel »
su LES ALBIGEOIS ET LINQUISITION »
— « Rome, que celui qui est la lumière, la vraie vie, et le véritable salut du monde te donne ton fatal salaire pour les maux dont gémit tout Tunivers ( Rome déloyale, cause de tous nos malheurs, si ta ne te repens, tu brûleras sans faute au feu de Tenfer I * »
Tel est, dans fsa trivialité populaire, cet ïambe gigantesque. C'est ainsi que se déroulent, à travers les strophes vengeresses, les colères indomptées de cet Archiloque toulousain. Son chant implacable s'élève, il prend des accents religieux, il en jaillit comme des éclairs prophétiques. Le chantre, inspiré pressent la ruine du monde catholique. Il voit l'Espagne, il voit l'Italie scellées dans leurs tombeaux. Il pose nettement le duel entre Rome et le monde. Le monde périra ou Rome ira dans Tenfer. L'épicurien se convertit i la foi du Consolateur. Il confesse l'Esprit venu en chair. Il finit en invoquant le Christ comme le vrai salut du monde. La foi est orthodoxe, mais le langage est cathare, johannite.
Germonda, une poétesse catholique de Montpellier en réponse à la diatribe foudroyante de Figueyras, entonna sur le même rhsrthme, et, je crois, dans le même nombre de strophes, l'apologie de la théocratie romaine. C'est l'hymne, l'épithalame de l'inquisition : elle la débarbouille de sang, de Téclaboussement des massacres et des exhalaisons fétides du bûcher ; elle la baigne dans un flot d'encens