Nap. Peyrat : Siège du Ua$-é:AxiL^TradiHon populaire
UYRE SEPTIÈME 249
bas y au sud-ouest, le couvent de Saint-Pierre^, au milieu des vignobles del'Agré-Monal ; et plus haut, vers l'ouest, le monastère de Porte-Cluse devant une gorge aride d'où tombe une cascatelle : Tare se terminait par les tours de Henri de Campagne, et les collines de Gorbaout fuyant avec TArise vers le couchant. La guerre avait dévasté le vallon et semé sur ses pentes de vastes décombres : mais les cloîtres déserts, les tours mutilées, les arcades rompues, les flèches frappées comme de la foudre, ajoutaient à Fincomparable beauté des montagnes refleuries la grâce des ruines, et le charme mélancolique des souvenirs.
Esclarmonde avait encore dans son domaine une ville ibéro-romaine, cité morte, dont la plaine re» couvre le cadavre, et dont les débris comme des ossements affleurent à la surface des sillons. Elle s'appelait Ramos et s'étendait des Bordes aux Salenques, entre l'Arise qui, du côté du sud, formait son fossé, et la voie romaine qui bordait les murs, au pied du coteau du nord (la Strada). Les champs gardent encore la]désignation de ses quartiers : voici la place pubUque le Prévieinal^ Pratum- Vicinale. Deux rues y débouchent, la Carrerassa et la Villatéria. La première forme, comme l'indique son nom, le quartier aristocratique, à l'aspect du torrent et du soleil; la seconde est un faubourg rustique, qui se dirige au septentrion, vers le vignoble et les parcs des troupeaux. Sur la Strada antique, on trouve encore, au levant, Las Lanas, lieu de la tonte des
i. SainUPey. L'Agr^monal, ager monialis.
SSO LES ALBIGBOIB ET LUIQIJISITION
brebis; au couchant, Tabattoir, qui s'appelle Excomabious \ Plus haut, sur la colline, est le vignoble que la douceur de son raisin cuit par le soleil a fait nommer, par les Ronudns, Vmumrléné K Ses pampres marient presque leurs feuillages pourpres aux lierres noirs qui flottent sur les murailles gothes des Salenques. Uhistoiien devait inscrire dans ce martyrologe patriotique le nom de Ramos, cité morte, martjrre des invasions deClovis et de Gharlemagne, et dont le sépulcre était devenu au xni* siècle, Tapanage gracieux et funèbre d'un héros et d'une héroïne de Tindépendanoe romane.
n y avait, derrière les Salenques, au sommet du coteau boisé, un belveder dont la tourelle dressait son cane aérien, entre les ramaux de chêne. De son faite on découvrait TBden de TArise, et par-dessus les crêtes rocailleuses du sud, à Thoriaon éclatant, les blanches cimes et la frange des neiges éternelles qui découpent l'azur du ciel espagnol. De cette vue superbe, le Mirador avait reçu le nom de Bracabella. C'est de là que la jeune abbesse des Salenques épiait si le grand comte Ramon- Roger descendait le soir, des montagnes bleues de Menai. Ces amoura coupables se sont transfigurées dans le Paraclet. Et maintenant leurs pieuses filles, Esdarmonde et Honora, regardent de la même tour si leurs époux Bernard d'Alion et Loup de Foix, n'acoouient pas sur leurs cavales rapides, des cimes de la Catalogne