Bioléna
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et d'Aragon. Dans leur yenyage, elles soupirent là ballade mélancolique de Tabbesse.
Aquelas montanhas Tan allas lots jors M'empaxan de Tese On son mas amors!
Las rocas nevadas Bé s'abaxaran.
Et mas amoretas Se rapprozarao^ (
Ce chant d'amour conjugal prenait encore, danf la bouche de ces princesses» un sens symbolique de conjuration nationale. Leur cœur s'adressait par delà leurs époux, à leurs frères exilés, à leur chef le vicomte de Carcassonne» à leur protecteur naturel, le jeune conquistador d'Aragon. Elles imploraient le grand et divin conjuré du moyen âge contre Rome, TAmour, l'Esprit errant dans ces plaines de neige voisines du ciel. Et ce soupir de colombe éplorée répondait, d'un vallon des Pyrénées, aux cris d'aigle furieux que Figueyras poussait de la cime des Apennins et des Alpes.
Montségur était, au printemps et en automne, la halte d'Esclarmonde, descendant de Montalion aux
1. c Ces montagnes, toujours si hautes, m'empochent de voir où sont mes amours. — Mais ces roches neigeuses s'abaisseront oertainemanty et mes tendres amours se rappro* eheronti » Cette haUade e&t attribuée à Gaston-Phébus : mais elle n'a pas de senç dans la bouche de ce comte, et perd tout son. mystère conjugal et patriotique. La forme eqmgnole de ces quatrains eet plus aneienne que l'époque de Phébus.
»l LES ALBIGEOIS ET L'INQUISITION
Saleaques, et remontant de rArise dans la Cerdagne. Outre cette migration périodique, des deuils, des noces, des martyres, et dans ces derniers temps des funérailles, l'appelèrent fréquemment sur le Thabor. Nous pensons que c'est alors que mourut Philippa comtesse de Foix. Philippa de Montcade, femme du comte Ramon-Roger, fut l'épouse la plus soumise, la plus résignée, la plus silencieuse, de ce brillant, éloquent, et belliqueux prince, Témule en Orient de Richard cœur de Lion et le vainqueur ^e Simon de Montfort en Occident. Elle donna trois enfants à son mari, le comte Roger-Bernard, d'une grandeur moins éclatante que celle de son père, mais plus chevaleresque et plus idéale ; l'obscur Améric, otage de Monfort et compagnon de captivité de l'Infant d'Aragon dans le palais de Carcassonne ; enfin, Cécilia femme de Bernard VI, comte de Gommenges. La religieuse princesse adopta les deux enfants que son mari avait eus après son divorce mystique, Loup et Esclarmonde ; et tous ces enfants, nés de sa chair ou de son âme, l'entourèrent à ses funérailles. La comtesse Philippa, née peut-être dans l'Alcazar de Saragosse mourut dans une caverne de Montségur et passa de la grotte dans la tombe ^. Dès que l'agonie commençait, le moribond cathare, déjà séparé du monde, était absolument isolé de sa famille, et transporté dans la maison de l'évêque, entouré des diacres, sa famille spirituelle. Il y rendait le dernier soupir, au
1. Le comte Ramon-Roger ne la nomme pas dans son testament. Dom Vaissette en conclut qu'elle était déjà morte en 1220. Elle pouvait ôtre seulement morte au monde.
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milieu de leurs prières, et peut être aussi de leurs cantiques. Philippa ne fut que la socia^ Tacolyte d'Esclarmonde.
Celle-ci fut une héroïne, la digne sœur de Ramon-Roger ; elle domina même son grand firère et toute la maison de Foix. Elle Tamena à son abjuration de Fanjaus, entraînant, avec son glorieux chef, toute la [famille comtale. EffectiTement, elle entraîna dans l'albigisme la comtesse Philippa sa belle-sœur, sa nièce la vicomtesse Ermessinde, son cousin Arnauld, vicomte de Castelbon, et fit élever par des ministres johannites tous les infants de Foix. Son abjuration était une déclaration de guerre. Du Gastellar de Pamiers, où elle régnait, elle engagea la lutte contre les moines de Saint-Antonin, qui disputaientcette ville aux comtes, puis contre les évêques et les religieux de Glteaux aux conférences de Pamiers où elle figura comme théologienne ; puis contre le roi de France et le pape de Rome, en reconstruisant Montségur sur les rochers duquel vinrent se briser tous les efibrts de la croisade ^. Du haut de cette roche, elle poussa à la guerre son héroïque frère, ses vaillants neveux, ses fils, ses gendres, ses cousins, cet incomparable clan du Cantabre Âznari les comtes de Foix, de Gommenges, de Garcassonnc, de Gouserans, de Palhars, de Castelbon et de Barcelone, qui est le roi d'Aragon. Sur son trépied du Thabor, Esclarmdnde fut la sibylle des guerres nationales, la prophétesse de la délivrance romane. Montségur
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sauva le midi. Après la victoire de la Franœ, la grande faidite remonta sur la montagne sainte, et, pour y mourir dans son muet désespoir, a'enyeloppa comme d'une nuit. Elle conserva le même ascendant sur les princes : son nom est une gloire de la maison de Foix. Elle le transmet à sa nièce, Esclarmonde d' Alion^ à sa petite-nièce Esclarmonde de Gardonne, à son arrière-petite nièce Esclarmonde d'Aragon, qui sera bientôt reine des Baléares ^ Ce nom prophétique ceignit le front de chacune de ses filleules d'un rayon de grâce. Mais leur vieille et illustre marraine en réalisa seule le symbole orageux ; elle fut véritablement un éclair, et un jet de foudre dans la plus effroyable tempête qui ait bouleversé le monde. Depuis longtemps, elle s'entourait d'oubli, et s'enveloppait de silence. On la trouva sans doute éteinte dans sa grotte. Les Amis de Dieu, qui ne croyaient point à la résurrection des corps, avaient cependant la plus grande horreur de la violation des tombeaux. Dès leur vivant ils dérobaient leurs cendres dans le mystère du trépas. On les ensevelissait de nuit, et ceux qui portaient le cadavre promettaient de n'en révéler jamais le sépulcre. Les princesses de la maison de Foix déposèrent sans doute les restes d'EscIsrmonde auprès de ceux de PhiUppa, dans quelque crypte inconnue de Montségur où elles trouvèrent enfin le repos de l'oubli et la paix du désert. A la place de la vicomtesse de Gimoez, celle que nous supposons la mère de Loup de Foix et d'Esclar-