‹ Histoire des Albigeois (volume 4)Chapitre 423 sur 506 · Ibid. Dép. d'Arnauld-Roger de Mirepois · texte numérisé non relu

Ibid. Dép. d'Arnauld-Roger de Mirepois

étrangère, et peut-être même odieuse, comme l'instrument funeste par lequel son nom et ses États se perdaient dans la maison de France. Le comte n'attendait plus d'enfant de sa femme, dona Sancha d'Aragon, probablement atteinte de quelque secrète et précoce infirmité. Il vivait séparé d'elle ; il résolut de la répudier, et d'épouser une fille de Ramon-Bérenger, comte de Provence ^ À son retour de Paris, il avait rencontré en passant à Montpellier le roi d'Aragon et son cousin le comte de Provence. Ces deux princes abandonnèrent les intérêts de la comtesse Sancha leur tante, sœur du roi don Pedro, le héros infortuné de Muret. Ils se liguèrent avec le comte de Toulouse etleur alliance devait être cimentée par le mariage de Ramon avec une infante de Provence. Ramon-Bérenger était mécontent de la France. Il s'alliait au comte de Toulouse. Cette union recomposait un parti national. Les deux princes espagnols s'engagèrent à porter leur tante à solliciter elle-même son divorce, et Durand, évêque d'Albi, se chargea d'en montrer la nécessité : c'était pourtant un prélat fougueux, dévoué au pape et au roi de France. La princesse vivait retirée en Provence : Ramon- Bérenger, son neveu, la conduisit dans l'Ile de la Vemha, sur le Rhône, entre Tarascon et Beaucaire. Le comte de Toulouse exposa, devant plusieurs évêques secrètement gagnés à la cause du Midi, que le comte Ramon VI son père avait

1. Zurita, AnmaUs^ liv. III, ch. xxxix. — Guil. de Pui].« ch. xuv.

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tenu sur les fonts dona Sancha d'Aragon, que cette infante conséquemment était sa sœur spirituelle, et qu'il n'avait pu l'épouser sans commettre à son insu comme un inceste moral . La comtesse ne répondit que par un fier et douloureux silence : c'était un sacrifice que l'Espagnole faisait à sa race et à sa patrie. Puis dès que l'évêque d'Albi eut pro nonce la sentence du divorce, veuve d'un époux vivant, elle se retira au château de Padernas, dans le comtat Venaissin que les princes avaient fixé pour sa résidence et oii elle s'éteignit obscurément vers le milieu du siècle.

L'exclusion de la comtesse n'était que la moitié du projet : il fallait encore, et c'était le plus difficile, faire entrer dans son lit la jeune infante de Provence qui s'appelait aussi dona Sancha ^ Ce divorce inattendu alarma Blanche de Gastille, Joana de Toulouse sa bru, et le roi de France. Ils virent sous ce mariage un commencement de ligue romane. Louis IX se hâta de substituer au comte Ramon son gendre Alphonse. Étant à Saumur, il convoqua un parlement (le jour de la Saint- Jean), revêtit son frère du baudrier de chevalerie, et lui céda, pour les posséder à perpétuité, â titre de fiefs de la couronne, les comtés de Poitou et d'Auvergne et les terres d'Albigeois. Puis l'implacable Blanche de Gastille mit tout en œuvre pour empêcher le mariage du comte Ramon avec dona Sancha de Provence. Le roi d'Aragon, représentant du comte,

1. Parce mariage Ramon VII fût devenu le beau-frére de Louis IX qui avait épousé Marguerite de Provence.

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épousa l'infante dans la ville d'Aix (12 août 1241), en présence des archevêques d'Aix et d'Arles et de révoque de Toulouse. Ramon du Falgar,qui|n' avait pas voulu coopérer au divorce dans l'île de la Vernha, s'était hâté de le dénoncer au roi de France, et sans doute à la cour de Rome. Le roi don Jaicmé, les comtes de Toulouse et de Provence envoyèrent cependant une ambassade pour obtenir du pape Grégoire IX la dispense nécessaire à cause de la parenté des deux époux : nécessaire, disaientils, pour rétablir une paix parfaite entre les trois princes. Mais ils ne purent jamais obtenir cette dispense, soit parce que Grégoire IX mourut dans l'intervalle, et que le siège pontifical fut vacant pendant vingt mois ; soit parce que la cour romaine était imie d'intérêts dans cette affaire avec la Maison de France, qui fut d'autant mieux servie que- le cardinal de Saint-Ange, l'ami de la reine Blanche, était, pendant cet interrègne, tout-puissant dans les Conseils du Vatican. La cour de Rome, le roi de France parlèrent sans doute à Ramon-Bérenger, et l'infante dona Sancha fut accordée à Richard, frère du roi d'Angleterre *.

Le comte de Toulouse, évincé de ce côté, projeta un second mariage qui devait étendre encore plus et consolider la ligue du Midi. Le roi Louis IX, au parlement de Saumur, avait donné à son frère Alphonse le comté de Poitiers récemment conquis sur les Anglais. Hugo de Lusignan, comte de la Marche, époux d'Isabelle comtesse d'Angouléme,

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